Clôture du Marché des arts et spectacles africains à Abidjan


© http://masa.ci

Le rideau est tombé samedi 8 mars sur la huitième édition du Masa, le Marché des arts et spectacles africains, dont le bilan est très contrasté. Apothéose finale cependant avec un concert au cours duquel plusieurs artistes de différents pays se sont produits. Et c’est la star internationale ivoirienne Alpha Blondy qui a fait danser les spectateurs.

envoyé spécial à Abidjan,

La 8ème édition du Masa s’est finalement achevée en apothéose par un feu d’artifice géant tiré durant le concert d’Alpha Blondy sur la grande scène installée au bord de la lagune Ebrié du palais de la Culture d’Abidjan.

Une fête populaire

Au fil des jours, et après de nombreux couacs et balbutiements, les organisateurs ont fait de ce Masa ce qu'ils voulaient également réaliser de ce marché des arts du spectacle : une grande fête populaire de la Côte d’Ivoire.

Malheureusement pas une grande fête des musiques de l'Afrique, alors que c’est le rôle initial d’un tel rendez-vous panafricain. Plutôt des musiques de la Côte d'Ivoire et ce pour la plus grande joie des spectateurs qui ont vu et retrouvé de grands anciens ( Bailly Spinto, John Yalley, Meiway), des vedettes du hip hop et du coupé décalé ( Nash, les Patrons…) ou des superstars (Arafat DJ, Alpha Blondy). Une vraie fête musicale de la Côte d'Ivoire, une fête de la réconciliation, une fête du renouveau pour le Masa qui avait failli disparaître.

Plusieurs artistes venus du Maroc, du Mali, du Burkina, du Gabon, du Burundi et d’ailleurs et bien sûr des artistes ivoiriens s’étaient succédé en début de soirée, en alternance sur les deux scènes montées en plein air au Palais de la Culture à Treichville... Prochaine édition du Masa dans deux ans...
Reportage : « Moi je trouve que c'est réussi ! »
09-03-2014 - Par Stanislas Ndayishimiye

Un sentiment d’inachevé

Mais est-ce bien la vocation du Masa d’être une fête ivoirienne ouverte aux cultures d’ailleurs alors que le gouvernement s'était battu becs et ongles pour conserver à Abidjan l'organisation de cette manifestation internationale malgré les longues années de crise ? D'ailleurs, après l'ouverture politique avec quelques ministres de la Culture africains et une belle brochette d’officiels ivoiriens, on ne vit plus tout au long de la semaine que le ministre ivoirien de la Culture sur les différentes scènes du marché.

Il ressort de cette semaine de rencontres et d’expressions culturelles un sentiment d’inachevé. Comme si cette manifestation avait été faite par et pour les politiciens ivoiriens, les artistes et invités faisant office de faire-valoir. Comme si le plus important avait été les cérémonies d’ouverture et de clôture avec leurs nombreux et longs discours d’autocélébration et le reste qu’une suite de problèmes à gérer dans l’urgence du quotidien.

Car en fait de marché professionnel, cette partie a été réduite à des colloques à l'Institut français et à des rencontres informelles dans le hall de l'hôtel Ibis entre la centaine de professionnels de tout acabit (tourneurs, directeurs de festivals, producteurs, artistes, organismes culturels internationaux...) qui se côtoient depuis des années et étaient somme toute assez heureux de se retrouver.

Mais n’est-il pas dommage de réduire le marché à des échanges en off dans un hall d'hôtel ou à des rencontres informelles entre artistes dans les maquis ? Où sont les grandes années du Masa où la manifestation se tenait dans des stands à l’instar du Midem à Cannes et ce sur un seul site, l'hôtel Ivoire ou le palais de la Culture ?

Pourquoi avoir voulu éclater le Masa aux quatre coins de la ville alors que l'organisation des transports, internationaux (avions) et locaux, était déficiente, que les horaires et la programmation étaient rarement respectés et que le public et les professionnels peu informés du programme revu en fonction des présents et absents. Bien sûr, les organisateurs qui n’ont eu que très peu de temps pour préparer la manifestation et n’avaient plus à leur disposition l’Ivoire ou le palais de la Culture -l’un et l’autre en rénovation-, ont dû faire avec les moyens du bord.

Les artistes sont restés stoïques face à ce cafouillis, car en ces années de crise du marché du disque, une manifestation comme celle-ci a malgré tout son importance. Mais, désormais, autant que toutes celles qui existent aux quatre coins du continent et sont adossées à des festivals.

Maigre public

Les seuls artistes à avoir vécu normalement le Masa sont ceux présentés par l'Organisation internationale de la francophonie qui ont été encadrés, ce qui est important pour des artistes qui pour la plupart venaient pour la première fois sur le continent. Que ce soit le chanteur haïtien Jean Jean Roosevelt, les troupes de danse camerounaise Guilili et française de Pockemon Crew ou le conteur québécois Stéphane Guertin, tous ces médaillés d'or des Jeux de la francophonie à Nice qui bénéficient d'un programme d'accompagnement de trois ans ont pu profiter du Masa même si les déprogrammations étaient la règle et qu'il leur fallait attendre patiemment pour jouer devant un maigre public encore moins informé que les professionnels des changements de programme de dernière minute.

Laurent Boireau, le manager du chanteur malgache Mikea, prix Découvertes RFI 2008, n'en revenait pas malgré sa longue pratique des festivals africains : « Nous avons eu les pires difficultés pour récupérer les billets d'avion, et une fois ici, les artistes étaient logés si loin que nous passions des heures à attendre les transports. Malgré tout, nous avons pu échanger avec des artistes présents et ces échanges pourraient être positifs pour l’avenir ».

Des Ivoiriens heureux

Si pour les artistes étrangers le bilan est pour le moins contrasté, les artistes ivoiriens eux se réjouissent d'une telle manifestation sur leur territoire. « Je suis vraiment heureux de pouvoir rejouer dans d’excellentes conditions », se réjouit Frederic-Désiré Ehui, dit Meiway, tout heureux de pouvoir clôturer le plateau dédié aux femmes en cette Journée mondiale de la femme.

Le Masa a toujours permis une programmation large d'artistes ivoiriens mais les déboires de transport subis par les artistes internationaux n'avaient jamais atteint une telle proportion. La délocalisation dans les quartiers de Marcory, Koumassi et de Youpougon aura malgré tout permis à ceux qui ne pouvaient se déplacer de voir les artistes ivoiriens dans leur quartier, ce qui est un beau cadeau fait par les mairies. Ainsi, on a pu voir à Marcory, Nash, la «Go Cra cra», « enjailler » la place Inch Allah avec son hip hop trépidant chanté en nouchi d'Abidjan. « Nash, c’est la go trash et cash qu'il manquait au hip hop africain », racontait Didier Awadi présent en observateur avisé.

Une artiste comme la Tina Turner béninoise Sessimè était également vraiment heureuse de ce Masa : « J’ai pu faire des rencontres qui je l’espère me serviront un jour. On ne sait jamais quand on est artiste, toute rencontre est une belle chose, il faut saisir toutes les opportunités et ensuite on verra bien ». Finaliste des Découvertes RFI 2013, elle a illuminé par deux fois la grande scène de l’espace lagunaire du Palais de la culture avec la même énergie que son modèle Angélique Kidjo.

Finalement, ce Masa de relance aura permis à quelques artistes de mieux se faire connaître et au public ivoirien d'avoir deux beaux week-ends de fête. N'est-ce pas déjà l’essentiel après ces dures années de crise qui ont meurtri le peuple ivoirien ? Et vivement un Masa 2016 de retour au palais de la Culture !

→ retrouvez notre dossier spécial sur le Masa 2014

→ et le reportage Afrique de ce dimanche 

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