La NSA capable d’enregistrer et de stocker les données de tout un pays

Le programme «Mystic», lancé en 2009, permet d’enregistrer tous les appels téléphoniques d’un pays.
© REUTERS/Kacper Pempel/Files

La NSA, l'agence américaine de renseignement, a mis en place un système de surveillance capable d’enregistrer les appels téléphoniques de tout un pays. C’est ce que révèle le Washington Post dans un article publié le 18 mars 2014.

La NSA peut-elle écouter les conversations de tout un pays ? Oui, selon des révélations du Washington Post, qui a publié un article grâce à des informations obtenues par les journalistes, et aux documents fournis par l’ancien employé de la NSA, réfugié en Russie, Edward Snowden. Un programme appelé « Mystic », lancé en 2009, permet d’enregistrer tous les appels téléphoniques d’un pays étranger, de les conserver pendant un mois et, grâce à son système Retro, de revenir sur certaines des conversations de façon ciblée. Un haut responsable des services de renseignement le compare à une « machine à remonter le temps », écrit le quotidien de Washington. Selon certains experts, seul 1 % de tous ces appels sont analysés, ce qui en valeur absolue correspond en réalité à une quantité colossale de données.

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Ce système s’ajoute au programme Prism de surveillance électronique à grande échelle, la NSA ayant accès aux serveurs des géants d’Internet (Google, Facebook, Yahoo…), ce qui leur permet de récupérer mails, fichiers, vidéos, photos. Après l’affaire Prism, explique Alain Juillet, président du Club des directeurs de sécurité des entreprises et de l'Académie de l'intelligence économique, « on a vu qu’ils étaient capables d’écouter des quantités de gens, en même temps, de récupérer des informations, et ce dans tous les pays du monde. Donc, ce n’est pas une surprise, ils ont une capacité d’interception pratiquement mondiale, directement par la NSA et par toutes les sociétés américaines qui travaillent avec l’agence, de gré ou de force. »

Une capacité de stockage gigantesque

Plusieurs pays seraient concernés. Selon des documents fournis par Edward Snowden, c’est en 2011 que le premier pays aurait ainsi été placé sur écoute, selon le Washington Post, qui se serait engagé à ne pas révéler son nom. Cinq autres pourraient être ciblés, révèle le quotidien. « En réalité, il y en a certainement bien plus », estime Alain Juillet. « Ces systèmes (Prism, Mystic…) montrent la capacité des services de renseignement américains à aller chercher l’information partout dans le monde » souligne-t-il.

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Mais ce que révèlent surtout les dernières informations publiées par le Washington Post, c’est l’extraordinaire capacité de stockage de la NSA. « Maintenant, non seulement on sait intercepter, mais on est capables de stocker l’information et on sera capables de ressortir les informations utiles au moment voulu, et ceci des mois ou des années plus tard », fait remarquer Alain Juillet. Les serveurs qui stockent ces quantités gigantesques d’informations occupent des immeubles entiers. « Lorsque vous voyez la NSA, ou le centre qu’ils sont en train de construire dans le Utah, vous remarquez que ce n’est pas un immeuble ou une salle, c’est une série d’immeubles. »

Un choix stratégique de surveillance du monde

Les Etats-Unis ont cette capacité considérable de stockage de données à l’étranger  « parce qu’ils ont surinvesti dans ces domaines depuis vingt ans, car ils étaient convaincus que c’était essentiel pour le pilotage ou le contrôle du monde au XXIe siècle ». L’Europe n’a pas su prendre ce virage de la technologie du futur, estime Alain Juillet. « En 2002 lors du sommet de Lisbonne, la Commission Européenne avait dit : "Il faut qu’on investisse nous aussi dans les technologies de l’information", car on savait ce que faisaient les Américains. Mais il faut bien reconnaître que, depuis, on n’a pas fait grand-chose », rappelle-t-il. « Avant c’était totalement secret, maintenant ils reconnaissent qu’ils le font, c’est un changement important », selon Alain Juillet.

Ce mercredi devant le Conseil de surveillance sur la vie privée et les libertés civiques, les représentants juridiques des principales agences de renseignement (NSA et FBI) ont assuré que cette surveillance ne ciblait que les personnes suspectées de terrorisme ou d’autres types de menaces. Ce Conseil avait publié en janvier un rapport concluant que la collecte des métadonnées des appels téléphoniques était illégale.

« Violation du Quatrième amendement »

Pour Jameel Jaffer, juriste de l’Association de défense des libertés civiques aux Etats-Unis (ACLU), qui a témoigné devant ce Conseil ce mercredi, le gouvernement a donc la possibilité de mener à bien une surveillance très large des communications internationales des citoyens Américains, ce qui constitue « une violation du Quatrième amendement » qui protège ses citoyens contre toute saisie abusive. Des sénateurs américains, dont la démocrate Diane Fernstein, présidente du comité du sénat sur le renseignement, travaillent à l’élaboration d’un système de contrôle sur ces renseignements collectés à l’étranger pour tenter de protéger le droit à la vie privée des citoyens américains. Une tâche difficile, car les Américains et les étrangers utilisent maintenant tous les mêmes appareils, les mêmes programmes informatiques, et les mêmes réseaux.

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