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Francophonie

Abdou Diouf: «Pas question de jouer les prolongations» à la tête de l'OIF

Le président français, François Hollande, et le secrétaire général de l'OIF, Abdou Diouf, réunis à l'occasion de la journée internationale de la Francophonie, ce jeudi 20 mars 2014.
© REUTERS/Jacky Naegelen

Ce jeudi 20 mars s'est tenu la journée internationale de la francophonie. A moins de neuf mois du sommet de Dakar où un nouveau secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) sera élu, le président Abdou Diouf affirme que c'est son dernier mandat à la tête de l'organisation.

RFI : Nous sommes le 20 mars, journée internationale de la francophonie. Quelle est la signification que vous avez souhaité donner à cette journée ?

Abdou Diouf : Nous considérons qu’une organisation comme la nôtre doit favoriser l’éclosion des talents, le sens de la créativité, de l’innovation et permettre aussi à nos jeunes de s’exprimer. Les jeunes - on le sait – ont de l’enthousiasme. Ils n’ont peut-être pas l’expérience de leurs aînés mais ils ont une telle spontanéité qu’en les aidant, on peut les amener à être plus créatifs, plus innovateurs.

Car en effet, la langue française – ne l’oublions pas – c’est une langue qui s’est forgée au cours des siècles. On peut considérer qu’elle est aujourd’hui à son accomplissement comme langue porteuse de concepts, qui promeut des valeurs d’humanisme, qui est capable d’exprimer toutes les réalités du monde moderne.

Je suis toujours très étonné d’entendre des gens dire « Oui, le français doit être la langue de la modernité ». Mais, le français est la langue de la modernité. Tous les concepts qui ont régi le monde hier, qui régissent le monde aujourd’hui et qui régiront le monde de demain peuvent s’exprimer dans la langue française. Elle a une richesse inouïe et en même temps, elle a la qualité primordiale de la simplicité, de la précision, de l’élégance.

Monsieur le président, aujourd’hui c’est jour de fête dans le monde francophone. Certains pays sont en guerre. Que dites-vous, par exemple, aux Centrafricains, aujourd’hui ?

Il ne faut pas se mobiliser pour se battre. Il ne faut pas non plus se laisser manipuler par de fausses idées religieuses qui n’ont plus court dans le monde où nous vivons. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une guerre confessionnelle en Centrafrique. Il y a une utilisation de la religion pour des ambitions politiques. Les autorités centrafricaines, la communauté internationale ont bien compris cela.

Nous sommes tous résolus à nous engager pour aider les Centrafricains à surmonter les difficultés humanitaires et à s’engager résolument dans la transition. Et cela, nous savons faire, nous, francophones. Tout ce qui concourt à faire de bonnes élections, nous savons le faire. Mais il faut le faire dans un climat apaisé pour qu’ensuite la Centrafrique puisse redevenir un Etat de droit avec des piliers solides qui puissent lui permettre d’assurer son développement.

Monsieur le président, douze ans à la tête de l’OIF. De quoi êtes-vous le plus fier ? Les réformes ou bien votre implication dans la résolution des conflits ?

Est-ce que je suis fier de quelque chose ? Non. J’ai été douze ans à la tête de cette organisation avec une équipe, merveilleuse, vraiment de qualité qui, avec moi, a travaillé pour essayer de faire avancer la francophonie d’aller plus loin et j’espère que celui qui viendra, lui aussi fera sa part du travail et ira plus loin. Le travail n’est jamais achevé. Les chantiers ne sont jamais terminés. On commence quelque chose ; d’autres viennent et on continue.

Vous vous souvenez de ce vieillard qui plantait un arbre et quand on lui demandait : « Mais, pourquoi vous plantez cet arbre ? » Il répondait : « Je sais bien que je n’en mangerai pas les fruits de cet arbre mais mes descendant, eux, pourront en manger ». Ce qui est important, c’est de faire ce que l’on doit faire, au moment où il faut le faire, de le faire avec le maximum d’engagement, de ne pas penser à sa petite personne. Il faut le faire en toute humilité. Je souhaite que la francophonie continue et grandisse et qu’elle soit plus belle chaque jour.

Monsieur le président, à quelques mois de votre sortie de la francophonie, aucun nom ne filtre. Auriez-vous l’intention de jouer les prolongations ?

Jamais de la vie ! Jamais de la vie. Pas question, pour moi, de jouer les prolongations. J’ai servi pendant trois mandats. C’était une deuxième vie après la vie publique que j’ai eue. Il n’en est pas question et je dis que la francophonie recèle suffisamment de talents pour trouver un secrétaire général qui succédera à Abdou Diouf. J’en suis convaincu. Il y a beaucoup de candidats qui s’annoncent à l’horizon et je pense que les chefs d’Etat n’auront que l’embarras du choix.
 

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