La Côte d'Ivoire accepte le transfèrement de Blé Goudé à la CPI

Charles Blé Goudé.
© RFI / Norbert Navarro

Le Conseil des ministres a donné son accord à la demande de transfèrement de Charles Blé Goudé à la Cour pénale internationale. L’ancien chef des Jeunes patriotes avait été arrêté en 2013 au Ghana, après plus d'un an et demi de cavale. La CPI veut le juger pour crimes contre l'humanité lors des violences postélectorales en 2010 - 2011.

Les autorités ivoiriennes ont répondu favorablement à la demande de la CPI, ce jeudi 20 mars. La Cour pénale internationale avait délivré un mandat d’arrêt international à l’encontre de Charles Blé Goudé le 21 décembre 2011, mais celui-ci n’avait été rendu public que le 1er octobre 2013. Si cet accord du gouvernement ivoirien intervient aujourd’hui, alors que cela faisait plusieurs mois que la Cour pénale internationale réclamait Charles Blé Goudé, c’est parce que celle-ci « a rejeté, le 3 mars, notre demande d’un délai supplémentaire de réflexion », répond le ministre ivoirien de la Justice, Gnénéma Coulibaly.

→ A (RE)LIRE : Charles Blé Goudé: «Je suis prêt à comparaître devant la justice»

L’année dernière, la Côte d’Ivoire a pourtant refusé de remettre à la CPI Simone Gbagbo, l’épouse de l’ex-président Laurent Gbagbo. Pourquoi ce traitement différent ? Le cas de Charles Blé Goudé est « particulier », selon le ministre ivoirien de la Justice. Pour Gnénéma Coulibaly, « c’est Charles Blé Goudé qui a introduit la violence dans les universités ivoiriennes, bien avant la crise postélectorale, à travers la Fesci, la fédération estudiantine et scolaire ».

Vers un transfèrement rapide

C’est lui qui a « demandé que les véhicules de l’Onuci (la mission des Nations unies en Côte d’Ivoire, ndlr) soient pris pour cible par les Jeunes patriotes pendant la crise postélectorale ». Et au cours de cette période, Charles Blé Goudé était en première ligne. Celui que l’on surnommait le « Général de la rue » devrait être transféré très rapidement à La Haye. Tout dépendra du calendrier de la CPI.

→ A (RE)LIRE : Côte d’Ivoire: non-transfèrement de Simone Gbagbo à la CPI, une «décision politique»

Quant à Simone Gbagbo, indique le ministre de la Justice, le gouvernement ivoirien ne veut pas la transférer à la CPI où se trouve Laurent Gbagbo, son époux, pour une simple question d’image.

Désormais, la Cour va travailler avec les autorités ivoiriennes pour réaliser ce transfert.
Auriane Maillet
21-03-2014 - Par Christine Muratet

« Ce ne sont pas des actes de décrispation », selon le président du FPI

Pascal Affi N’Guessan, le président du Front populaire ivoirien, le parti de l’ex-président Laurent Gbagbo, a appris la nouvelle lors d’une conférence de presse à Abidjan sur le recensement général de la population. « Nous attendons d’avoir tous les éléments avant de nous prononcer, officiellement, au niveau de la direction du FPI », a-t-il insisté. « Ce que nous pouvons dire, c’est que ce ne sont pas des actes qui participent de la réconciliation nationale (…). Ce ne sont pas des actes de décrispation, ce ne sont pas des actes qui montrent que le pays avance sur la voie de la normalisation, de la sortie d’une forme de conflictualité », a-t-il également déclaré au micro de RFI.

L'impact des photos de Blé Goudé

La récente polémique des photos de Charles Blé Goudé, torse nu dans une cellule, probablement de la DST, a-t-elle précipité la décision du gouvernement ? Le ministre de la Justice Nyanema Coulibaly refuse de le dire aussi franchement : « Ces derniers temps, nous avons vu des photos indiquant des maltraitances. Nous pensons, sans donner de crédit à ces choses, qu'il est du devoir du gouvernement responsable d'offrir à chacun les conditions pour répondre aux faits qui lui sont reprochés. »

Pour l'instant, aucun membre de la mouvance du président Ouattara n'a été inquiété par la justice internationale, y compris parmi les membres de l'ex-rébellion des Forces nouvelles que les organisations de défense de droits de l'homme accusent de crimes contre l'humanité.