Les nouveaux défis de la Francophonie

L'ancien président sénégalais Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie, lors de la cérémonie d'ouverture du Forum Mondial de la langue française à Québec le 2 Juillet 2012.
© AFP PHOTO/ROGERIO BARBOSA

Ce jeudi 20 mars est la journée internationale de la Francophonie. En cette année 2014, l'événement prend un caractère exceptionnel. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est à un tournant. En fonction depuis 2003, son secrétaire général Abdou Diouf achève un troisième mandat et de nouvelles pistes sont en cours d’élaboration d’ici le sommet de Dakar, à l’automne.

Au-delà du développement de la pratique du français, l’OIF, sous Abdou Diouf, a pris un caractère plus politique, autour du partage des valeurs démocratiques et de bonne gouvernance. L’élargissement de l’organisation à un grand nombre d’Etats incite certains à revendiquer le recentrage autour d’un « noyau dur » de pays, au cœur du projet francophone.

Car la « Francophonie » est devenue un projet politique, sous Abdou Diouf. Et ce projet est amené à concerner un nombre de personnes de plus en plus grand.

La pratique du français en hausse, du fait de la démographie

Le nombre de locuteurs francophones est aujourd’hui estimé à 220 millions de personnes. Le chiffre est en hausse et pourrait atteindre les 700 millions de locuteurs à l'horizon 2050 d’après les évaluations des démographes. Le géographe et diplomate Michel Foucher (1) relativise néanmoins ces données. Cela ne se fera pas sans effort :

« En réalité, ça n'est atteignable que si la France elle-même, mais aussi la Suisse, la Belgique, le Canada et les Etats africains font des efforts d'apprentissage de la langue. D'autre part, les langues régionales africaines se développent. Le bambara, le haoussa, le swahili, le lingala... c'est une bonne chose. Il y a parfois une aliénation à l'Union africaine de voir que sur les quatre langues de travail, il y en a trois qui sont des langues coloniales. Donc ce chiffre ne peut être atteint qu'au prix d'un immense investissement dans la formation, en Afrique. »

Or la crise économique est passée par là, les budgets sont serrés et l'ambition francophone se heurte à cette réalité. Sans vouloir dramatiser, sans parler du français menacé, Yves Aubin de la Messuzière se montre préocupé. Il dirige la Mission laïque française, un organisme qui contribue à l'enseignement du français à l'étranger.

« Le discours est là, la volonté s’exprime, admet-il, mais on voit que la réalité est différente car les moyens manquent et sont plutôt en diminution. Certains de nos instituts, centre culturels , et même les Alliances françaises, sont touchés par une diminution du réseau. Il faut s’en inquiéter et s’assurer qu’en dépit des contraintes budgétaires, l’on puisse disposer des moyens suffisants pour concrétiser cette diplomatie d’influence sur le plan culturel. »

La « diplomatie d’influence » ou l’art de faire plus, avec moins…

Le développement linguistique reste donc un défi à relever, ce qui pour l'instant, n'empêche pas l'OIF d'étendre son rayonnement.

Le nombre d'Etat membres et observateurs est en constante augmentation. L'organisation attire des pays en Europe, en Asie, en Amérique ou au Moyen-Orient, qui ont compris qu'ils avaient intérêt à suivre de près ce qui se faisait dans cette enceinte. On peut citer l'exemple du Qatar, qui adhère désormais à l'organisation, avec une stratégie très claire de développement de son influence dans l'espace francophone, ce qui suscite de vifs débats sur le thème du partage de valeurs communes.

Michel Foucher
20-03-2014 - Par Sophie Malibeaux

De fait, l'organisation a pris avec Abdou Diouf de plus en plus d'importance sur le plan politique et diplomatique. Le géographe Michel Foucher, qui participe notamment à la formation de diplomates francophones, nous éclaire sur la façon dont s’exerce la diplomatie d'influence (écouter le son). L’ancien président sénégalais, à la tête de l’OIF depuis 2003 est souvent consulté par ses pairs. Michel Foucher souligne la volonté qu’a eu Abdou Diouf de structurer l’OIF pour aller au-delà de la simple défense de la langue française.

Un Africain succèdera t-il à un Africain à la suite d'Abdou Diouf ? Rien n'est joué, les tractations sont en cours et pourraient se poursuivre jusqu’à ce qu’un consensus se dégage d’ici le sommet de Dakar à l’automne prochain.

L'ancien président sénégalais a d'ores et déjà tracé la voie à suivre pour les années à venir, avec un projet ambitieux pour les francophones, et une organisation censée leur permettre de rayonner au delà de leur stricte force de frappe économique et linguistique.

(1) Michel Foucher, auteur de l’Atlas de l’influence française au 21e siècle (Editions Robert Laffont–Institut français)

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