Kenya : nouveau cri d’alarme contre le braconnage


© REUTERS/Francois Lenoir

Le célèbre paléontologue et ancien ministre kenyan Richard Leakey s’est indigné contre le massacre des éléphants et des rhinocéros lors d’une conférence de presse, ce samedi 22 mars, à Nairobi. Selon lui, les lois ne sont pas respectées et il accuse certains officiels d’être les complices des braconniers.

« Le braconnage des éléphants et des rhinocéros est un désastre national, et ces animaux pourraient un jour disparaître du Kenya ». C’est le paléontologue Richard Leakey, l’un des acteurs clés de la lutte contre le braconnage au Kenya depuis 20 ans, qui l’affirme en tirant la sonnette d’alarme. Lors d’une conférence de presse à Nairobi, ce célèbre défenseur de la nature et ancien ministre, n’a pas mâché ses mots. « Si les éléphants et les rhinocéros sont massacrés en plein jour, c’est que certains officiels sont complices » a-t-il affirmé.

« Les coups de fusil, ça s’entend ! »

Richard Leaky
23-03-2014 - Par Imogène Lamb

En ligne de mire : le Service kényan de la faune sauvage (KWS), dont il accuse certains employés d’aider les braconniers. « Je ne veux pas croire qu’on puisse tuer des rhinocéros en plein jour dans un parc national où il y a 50 ou 60 gardes armés sans être pris, sans la complicité des autorités », accuse M. Leakey. « Les coups de fusils ça s’entend ! », a-t-il poursuivi. « Je suis absolument sûr que certains officiels sont complices. (…) Il faut absolument qu’on essaie de régler ce problème au Kenya. C’est un problème dangereux, même si le nombre de personnes impliquées est probablement relativement faible. Elles braconnent parce qu’elles sont protégées par d’autres ».

Cependant, William Kiprono, le directeur du KWS, nie l’existence de toute complicité. Il avoue cependant ne pas bien contrôler la situation. « Quand on parle de suspects, on peut dire que tout le monde est suspect. On ne peut pas dire qu’on est satisfait, parce qu’on ne sait pas qui est qui », s’est-il défendu. Richard Leakey n’est pas du même avis. Selon lui, les forces de sécurité connaissent les noms des responsables du braconnage au Kenya. Le pays vient pourtant de durcir la loi dans ce domaine.

Pour l’instant néanmoins, les condamnations restent rares, alors qu’en Tanzanie un Chinois a été condamné il y a quelques jours à 20 ans de prison pour trafic d’ivoire. Selon Saïd Katensi, directeur de l’ONG Service de la faune sauvage africaine de la Tanzanie, c’est une mesure dissuasive certes, mais elle ne suffit pas. « Des gens qui sont payés pour protéger les éléphants dans les différents parcs nationaux et réserves naturelles font eux-mêmes du braconnage », explique-t-il. « Le gouvernement doit licencier ces gens pour casser le système, et pour que d’autres personnes renoncent à braconner, de peur d’aller en prison ou d’être renvoyées », juge-t-il.

Trafic à grande échelle

Charlie Mayhew
23-03-2014 - Par Imogène Lamb

Problème : le braconnage aiguise l’appétit à tous les niveaux, car le trafic de l’ivoire et de la corne de rhinocéros rapporte beaucoup d’argent, en raison d’une forte demande venue d’Asie et du Moyen-Orient. La prise de parole de Richard Leakey a néanmoins été saluée par le directeur de l’ONG Tusk Trust, Charlie Mayhew. Ce dernier éprouve d’ailleurs les mêmes soupçons que le paléontologue à propos des complicités. « Je le félicite d’avoir parlé si courageusement. Il était temps qu’il le fasse » a-t-il réagi. « On peut difficilement comprendre comment autant d’ivoire et de cornes de rhinocéros puissent être exportés à partir du Kenya, qu’ils proviennent d’animaux tués au Kenya ou dans d’autres pays, sans la complicité d’officiels de haut rang », a estimé M. Mayhew.