France/Mali: création de l’association des amis de Ghislaine Dupont

Claude Verlon et Ghislaine Dupont, assassinés dans le nord du Mali, le 2 novembre 2013.
© RFI

« Les amis de Ghislaine Dupont », tel est le nom de l'association que des proches et des amis de notre consœur, assassinée en novembre dernier à Kidal dans le nord du Mali, viennent de créer. Cette initiative, qui nous tient particulièrement à cœur, a pour objectif de comprendre ce qui s'est passé le 2 novembre 2013 et de pousser la justice à faire la lumière sur les assassinats de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon.

« Depuis bientôt cinq mois, un silence de plomb recouvre en France cet événement majeur », estiment les proches de Ghislaine Dupont, qui réclament la désignation d'un juge d'instruction dans cette affaire, et souhaitent être reçus par le président français François Hollande pour obtenir des clarifications sur l'avancée de l'enquête. Interviewée par RFI, Laurence Lacour, porte-parole de l’association, fait état de ses inquiétudes :

« Quand on vit une tragédie comme celle-ci, il y a d’abord un temps de sidération. Ensuite vient le temps du deuil puis celui de l’action. Cinq mois se sont écoulés et on constate que plus personne ne parle d’elle et de Claude Verlon. Nous n’avons pas de nouvelles de la justice. Nous n’avons de nouvelles de nulle part », regrette-t-elle.

« Nous, nous voudrions surtout qu’on n’oublie pas Ghislaine Dupont ni Claude Verlon, même si notre association ne porte que le nom de Ghislaine parce que, pour l’instant, la famille de Claude est dans un autre temps que le nôtre. Ils sont évidemment les bienvenus s’ils veulent nous rejoindre », a tenu à souligner Laurence Lacour. Et d'ajouter :

« Nous, ce que nous voulons, c’est qu’on se souvienne d’elle, qu’on se souvienne d’eux ; de leurs qualités professionnelles, de leurs qualités humaines. On veut savoir la vérité sur leur mort et on veut ensuite – si un jour on a cet apaisement-là – pouvoir continuer d’autres actions, peut-être à vocation humanitaire, à vocation intellectuelle. D’autres actions qui nous permettent de continuer à faire vivre celle qui était notre grande amie, qu’on appelait " Gigi ". C’est surtout ça qui nous importe, que perdure sa mémoire. »

Toujours pas de juge d’instruction

Cinq mois après le drame de Kidal, aucun juge d'instruction n'a été saisi. Pourtant, le parquet - en décembre dernier - avait assuré aux proches des victimes que ce n'était qu'une affaire de semaines – trois mois au maximum - mais depuis, rien. L'enquête préliminaire est toujours en cours au parquet antiterroriste de Paris. Mais sans l'ouverture d'une information judiciaire, les parties civiles ne peuvent demander aucun acte ni accéder au dossier.

Pour justifier ce délai qui se prolonge, le parquet de Paris dit attendre les réponses écrites aux questions adressées aux personnels de la Minusma, basés à Bamako et à Kidal et qui ont un lien avec ce dossier. C'est la force onusienne qui a assuré le transport de nos confrères dans le nord du Mali. Une demande d'entraide internationale a été envoyée à l'ONU. Elle vise l'audition, après levée d'immunité, de fonctionnaires internationaux de la Minusma basés au Mali. Les 26 et 27 février dernier, François Molins, le procureur de Paris s'est même rendu à New York, au siège des Nations unies, pour évoquer cette demande et accélérer le processus. Le parquet, qui se veut rassurant, maintient que la nomination du juge devrait intervenir prochainement, sans toutefois donner de date. Le procureur a convié les familles pour une nouvelle entrevue le 4 avril prochain.

Maître Caty Richard, qui défend la famille de Claude Verlon, a le sentiment qu'une chappe de plomb s'est abattue sur ce dossier. « Nous sommes surpris parce qu’il y a quelques jours, Jean-Yves Le Drian (ministre français de la Défense), entendu sur BFM (chaîne de radio et télévision française), a pu répondre de façon prolixe à toutes les questions qui lui ont été posées et puis, lorsqu’a été abordée la question de l’assassinat des journalistes de RFI au Mali, il a répondu d’un lapidaire : « ça, je ne veux pas en parler ». Ce « ça, je ne veux pas en parler », c’est un peu court ! Ce qui est désagréable, aujourd’hui, c’est ce traitement particulier qui est donné à ce dossier. On se rend compte aussi du traitement particulier qui est donné à l’information par le ministre, lorsqu’on l’interroge sur ce point », constate Maître Caty Richard.

Cinq mois après, le mobile du double assassinat reste incertain et on s'interroge toujours également sur les mouvements des troupes françaises dans la zone où nos confrères ont été tués.