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Centrafrique: le Tchad dénonce «un lynchage médiatique et politique»

Patrouille conjointe de soldats français de l'opération Sangaris et de troupes tchadiennes de la Misca, à Bangui, le 4 janvier 2014.
© AFP / MIGUEL MEDINA

Le Tchad retire son contingent de la force africaine déployée en Centrafrique, la Misca. L'annonce en a été faite à Bruxelles, jeudi 3 avril, à l'occasion du sommet Union européenne-Afrique. Moussa Faki Mahamat, le ministre tchadien des Affaires étrangères explique, pour RFI, les raisons de cette décision.

RFI : Pourquoi avez-vous décidé le retrait du contingent tchadien de la Misca ?

Moussa Faki Mahamat : Le contingent tchadien en Centrafrique est déployé dans le cadre d’une mission internationale. Nous avons constaté depuis plusieurs mois un lynchage systématique qui touchait le Tchad, son contingent et même les citoyens tchadiens vivant en Centrafrique. On fait porter la responsabilité sur le Tchad, sur le contingent tchadien, même si ce contingent agit dans le cadre du mandat. Le week-end passé, des éléments [tchadiens], qui sont en mission, ont été appelés par le commandant de la force de la Misca pour venir à Bangui. Ils sont tombés dans une embuscade tendue par les anti-balaka. Naturellement, ils ont réagi. Cela a soulevé un tollé.

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Et il faut que les choses soient très claires, pour nous. Les milices anti-balaka ont été qualifiées par les forces internationales, notamment par la Misca et Sangaris [l'opération française en Centrafrique, ndlr], comme des forces ennemies à la paix, et qui devraient être traitées comme telles. Ce sont les propos du général Mokoko [le général congolais Jean-Marie Michel Mokoko, chef de la Misca, ndlr]. Alors, quand les Tchadiens ont réagi à cette attaque, il y a eu un tollé. Il y a des responsables politiques, et pas des moindres, qui ont qualifié les anti-balaka de « patriotes » et dit que les Tchadiens sont venus tuer des citoyens centrafricains. Cette campagne a trop duré. Nous nous sommes vraiment fait violence pendant longtemps, ramant pratiquement à contresens de notre propre opinion [publique], qui ne comprend pas que ses fils se sacrifient, que le Tchad continue, que le gouvernement continue à se taire sur des agissements contre le Tchad et contre les Tchadiens.

Est-ce que ce retrait est irrévocable, définitif ?

Absolument. Ce n’est pas une décision qui a été prise à la légère. Nous en avions étudié tout le contour. Il est mieux pour nous, peut-être pour la Centrafrique, qu’il n’y ait pas de soldats tchadiens en République centrafricaine. Nous avons suffisamment encaissé et il est tout à fait légitime pour nous de défendre quand même la réputation de nos forces, même si les responsables de la transition et même si bon nombre de milieux pensent que la présence des troupes tchadiennes pose problème. Notre objectif n’est pas de poser des problèmes en Centrafrique. C’est d’aider au rétablissement de la paix et de la sécurité dans ce pays. Si notre retrait peut aider au retour de la paix, nous le ferons volontiers et nous avons pris la décision de le faire.

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Comment expliquez-vous cette mauvaise réputation du contingent tchadien, alors que les autres contingents de la Misca ne subissent pas le même traitement ?

C’est une mauvaise réputation fabriquée ! On n’arrive pas à le comprendre. La même armée tchadienne, dont on loue le courage et le professionnalisme au Mali, on la traite ici comme si elle était une milice venue à la rescousse d’une région ou d’une confession. Pour nous, c’est absolument inadmissible.

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Aucun rapport ne nous a été présenté. Si tel était le cas, on n’aurait pas accepté le contingent tchadien dans le cadre de la Mission internationale de soutien à la République centrafricaine.

Aujourd’hui, est-ce une organisation ou un pays qui demande au Tchad de partir ou est-ce une décision du Tchad ?

C’est une décision souveraine. Nous avons informé nos partenaires. C’est nous qui avions pris la décision. Personne ne nous l’a demandé.

Concrètement, comment va s’articuler ce retrait ?

Nous allons en discuter pour que d’autres contingents, éventuellement, occupent les postes occupés par les Tchadiens. De toutes les façons, nous sommes en contact avec la Misca, donc avec l’Union africaine, pour les modalités pratiques du retrait de notre contingent.

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Le contingent tchadien a participé à organiser et à protéger l’évacuation de populations musulmanes. Ce travail-là est-il terminé ?

Il ne devrait pas être du ressort uniquement du contingent tchadien. C’est la mission de l’ensemble des forces internationales. Si on nous reprochait ça, ce serait non assistance à personnes en danger. Tout le monde le sait, même maintenant. Hier [jeudi 3 avril, ndlr] au mini-sommet sur la Centrafrique à Bruxelles, le secrétaire général des Nations unies a dit que « le génocide a été évité parce que les communautés ont fui vers leurs régions d’origine ». Donc, il y a une situation extrêmement grave. Et si notre contingent a escorté ou a protégé, c’est tout à son honneur.

Cette décision peut-elle avoir un impact sur l’engagement du Tchad au Mali par exemple ?

Nous aviserons.

Ce n’est pas exclu ?

Nous aviserons.

Le Tchad est au Conseil de sécurité de l'ONU en ce moment. Quels sont ses principaux objectifs, ses priorités ?

C’est la paix et la sécurité. Aujourd’hui, le Tchad, géographiquement, est pratiquement entouré par des zones de conflit : la Libye au nord, le Darfour depuis une dizaine d’années à l’est, la Centrafrique au sud, à l’ouest c’est le Nigeria avec Boko Haram. Et nous sommes sur le pied de guerre. C’est par volontarisme, volontarisme qui nous coûte parfois extrêmement cher, que nous avons accepté d’envoyer des troupes, parce que notre propre territoire a besoin d’être protégé, parce que ces crises sont pratiquement à nos frontières.

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Craints autant que détestés, les soldats tchadiens n’ont pas bonne presse à Bangui. Du temps de la Force multinationale d'Afrique centrale (Fomac), on leur reprochait d’avoir laissé passer la Seleka sans s’y opposer lorsqu’elle marchait sur Bangui. Durant le règne de Michel Djotodia, ils étaient accusés de couvrir les exactions de la Seleka et d’en commettre à leur tour. Lorsqu’ils ont intégré la Mission internationale de soutien à la Centrafrique, la Misca, il a fallu les positionner hors de Bangui afin d’éviter les accrochages avec les anti-balaka. Pour ces milices chrétiennes, les Tchadiens étaient devenus des ennemis jurés. En revanche, les musulmans qui ont souffert d’actes de vengeance et de représailles de la part des anti-balaka les considéraient comme leurs protecteurs.

Aujourd’hui, Bangui exulte tandis que les populations musulmanes du Nord s’inquiètent. Beaucoup de Banguissois reprochent au président Idriss Déby d’avoir trop longtemps interféré dans les affaires intérieures centrafricaines. Protecteur de François Bozizé avant d’en devenir son bourreau, le président tchadien a longtemps fait la pluie et le beau temps en RCA. Mais les plus réalistes ou les plus sages des Centrafricains redoutent les conséquences politiques d’une brouille durable entre Ndjamena et Bangui. « On peut détester les soldats tchadiens, mais peut-on se fâcher avec un président aussi puissant », s’interroge un Banguissois.

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