Republier
Rwanda

Rwanda, 6 avril 1994: les premières violences

L'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana (ici en 1982) marque le début du génocide contre les Tutsis.
© AFP

Le 6 avril 1994, l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana était abattu. Cet attentat a été le moment déclencheur du génocide contre les Tutsis. Le colonel Luc Marchal, alors commandant de la Minuar à Kigali, et Fernand Nzamurambaho, fils d'un ministre assassiné, racontent.

  • Colonel Luc Marchal : « Je n'avais jamais vécu une nuit aussi calme à Kigali »

Le 6 avril 1994, le colonel Luc Marchal commandait le secteur de Kigali pour la Minuar, la mission des Nations unies au Rwanda.

« J’ai passé une partie de la nuit à l’état-major des forces armées rwandaises où se tenait la réunion de crise, en essayant d’évaluer la situation. C’était vraiment une gestion de crise qu’on faisait. Ça ne permettait pas de prendre vraiment de recul par rapport à la situation parce que finalement, on n’avait pas beaucoup de renseignements. Il fallait essayer d’éviter que ça ne dégénère ».

« L’état-major était catastrophé, désemparé par ce qui venait de se passer. Le chef de l’armée n’est plus là, le président de la République n’est plus là. C’étaient deux dieux dans leur pays. Une double décapitation de l’État. »

« Je n’avais jamais vécu une nuit aussi calme à Kigali depuis que j’étais arrivé sur place. C’était d’ailleurs angoissant parce que le bruit de fond à Kigali, c’était des explosions de grenades, des tirs de rafales d’armes automatiques. Cette nuit a été particulièrement paisible. Cela s’est déchaîné le lendemain vers 5h30 du matin, sans doute quand les militaires ont appris officiellement la mort du président Habyarimana. Ça a déchaîné la fureur. »

  • Fernand Nzamurambaho : « Ils ont tué l’un après l’autre, mon père, ma mère et mes deux frères »

Dans les heures qui ont suivi l'attentat contre l'avion du président Habyarimana, et en parallèle du début des pogroms, des militaires et des membres de la garde présidentielle rwandaise ont assassiné de nombreuses personnalités opposées aux extrémistes hutus, dont le ministre de l’Agriculture Frédéric Nzamurambaho. Son fils Fernand se souvient.

La soirée du 6 avril a été paisible. La famille Nzamurambaho a regardé le match de foot à la télévision. Quand soudain, des tirs éclatent à Kimihurura, le quartier des résidences des ministres. « Des gendarmes chargés de la protection de notre villa sont venus nous alerter », raconte Fernand Nzamurambaho, dix-neuf ans à l’époque.

Des militaires sillonnent le quartier pour recenser exactement qui loge où. « Nous étions terrorisés, blottis tous ensemble dans un espace éloigné des fenêtres », poursuit Fernand. Arrive alors un groupe d’une douzaine de militaires en treillis. Ils fouillent la maison de fond en comble, réunissent les domestiques et tous les membres de la famille dans le salon pour procéder à des identifications. Ils finissent par partir.

« Nous étions soulagés, nous pensions que c’était fini », poursuit Fernand. Mais un petit groupe d’hommes fait immédiatement marche arrière, et rassemble de nouveau tout le monde dans le salon. « Ils ont tué l’un après l’autre, mon père, ma mère et mes deux frères âgés de 22 et 15 ans. Pas de rafales. A chaque fois, une balle a suffi », précise Fernand. Dans le désordre, il a été épargné.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.