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France Rwanda

Rwanda: un rapprochement avec la France en trompe-l'oeil

Le président rwandais Paul Kagame au stade Amahoro, à Kigali, le 7 avril 2014.
© REUTERS/Noor Khamis

Les cérémonies marquant le vingtième anniversaire du génocide ont démarré, ce lundi 7 avril, sur fond de crise entre la France et le Rwanda. Après les accusations par voie de presse de Paul Kagame – le président rwandais ayant accusé la France d’avoir joué un «rôle direct dans la préparation du génocide» - Paris avait décidé d'annuler, samedi, la venue de la ministre de la Justice, Christiane Taubira. Dimanche soir, le Rwanda a signifié à l'ambassadeur de France à Kigali qu'il était interdit de commémoration.

Tout semblait indiquer jusqu'ici un réchauffement entre les deux capitales. Fin février, l'ambassadeur rwandais en France avait évoqué une relation d'amitié en train de se renouer. Il annonçait que le président français François Hollande avait reçu l’une des très rares invitations nominatives pour la commémoration du génocide. Il y a quelques jours, en marge du sommet Europe Afrique à Bruxelles, Hollande et Kagame s'étaient même rencontrés. Un échange qualifié de « productif » côté français.

Les déclarations de Paul Kagame à la presse à l'occasion des commémorations ont donc pris les autorités françaises par surprise. Celles-ci ont assisté médusées à une nouvelle escalade diplomatique inattendue, l'ambassadeur de France étant interdit de commémoration, tandis que le président rwandais lui-même lançait de nouvelles attaques plus feutrées depuis le stade Amahoro de Kigali. « Les gens ne peuvent pas être achetés ou forcés à changer leur histoire. Aucun pays n’est assez puissant, même s’il pense l’être, pour changer les faits. Car après tout, a poursuivi le président Kagame passant soudain de l’anglais au français, les faits sont têtus ».

Ce changement de ton radical des Rwandais était-il prémédité ? Dès janvier, en tout cas, des sources proches de la présidence rwandaise avaient minimisé la réalité du rapprochement entre les deux pays et laissé entendre que Paul Kagame serait susceptible de s'en prendre à la France lors du XXe anniversaire du génocide.

« Nous ne sommes pas focalisés sur la France »

La ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a réagi à cette nouvelle escalade entre la France et le Rwanda. « Je pense que la difficulté dans la relation franco-rwandaise est du côté français. Il y a deux jours, la France, tout d’un coup, a décidé de ne pas envoyer la ministre de la Justice qui était attendue, ici, à Kigali. C’est excessif puisque les commentaires du président Kagame à Jeune Afrique ne sont ni surprenants, ni nouveaux », a-t-elle déclaré.

Louise Mushikiwabo
07-04-2014 - Par Nicolas Champeaux

« Le soutien du gouvernement français des années 1990 au gouvernement génocidaire n'est pas un secret. Il y a eu des livres, des films, des témoins. Nous, nous pensons que ce serait peut-être une meilleure approche pour la France officielle de faire un petit examen de conscience et d’accepter les erreurs, même les erreurs graves telles que décrites dans le commentaire du président Kagame. Donc, ce n’est pas normal pour nous, que la France dicte au chef de l’Etat rwandais ce qu’il peut dire et ce qu’il ne peut pas dire. C’est une censure qui n’est pas acceptable mais le discours était plutôt un bilan dans l’histoire de ce pays et par conséquent, nous ne sommes pas vraiment focalisés sur la France », a précisé Louise Mushikiwabo.

La ministre des Affaires étrangères semblait regretter cette décision de la France de ne pas envoyer la garde des Sceaux Christiane Taubira. « C’est un choix politique que la France a fait, c’est une opportunité ratée. En tout cas, c’est comme ça qu’on voit les choses de Kigali. On espère que tout n’est pas perdu », a-t-elle déclaré. En clair, pour le Rwanda, c’est une brouille, ce n’est pas la rupture.

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