RCA: Boda, une ville minée par les fantasmes et les rivalités

A Boda, on pouvait trouver quelques commerces. Aujourd'hui, il n'en reste que des décombres.
© RFI/Olivier Rogez

La ville de Boda, à 180 kilomètres au sud-ouest de Bangui, vit déchirée entre communautés chrétienne et musulmane. Le quartier musulman est encerclé par les anti-balaka qui réclament le départ de ses habitants. La haine et à son comble et les deux communautés nourrissent les fantasmes, la haine et la peur.

Avec nos envoyés spéciaux à Boda,

A Boda, les propos sont radicaux et les peurs réelles. Dans le quartier musulman, certains n’osent pas acheter de manioc aux chrétiens de peur d’un empoisonnement. Et les fantasmes prennent parfois le pas sur la réalité. « On n’achète pas, parce que les anti-balaka mettent du poison dedans. L’autre jour, presque dix enfants sont morts », raconte un habitant. En réalité les anti-balaka empêchent les chrétiens de commercer avec les musulmans. « Ils ont interdit le manioc aux musulmans. Si on en vend aux musulmans, ils viennent prendre l’argent et nous tabasser », témoigne un commerçant.

Dans la communauté chrétienne, la haine contre les musulmans prend souvent le masque d’une jalousie qui ne dit pas son nom. Et les plus radicaux sont aujourd’hui prêts à affamer les musulmans pour qu’ils partent. « Qu’ils décident eux-mêmes de partir, parce que s’ils restent, nous avons toutes les possibilités », prévient un homme.

Des deux côtés, on se renvoie la responsabilité du déclenchement des affrontements de la fin janvier. Qui a tiré le premier ? Chacun a sa version. Ce qui est certain, c’est que l’aventurisme de la Seleka a déchiré un tissu social élimé par plusieurs décennies de mauvaise gouvernance et de misère sociale.

La revanche des laissés-pour-compte

Derrière les clivages entre chrétiens et musulmans, on entraperçoit ainsi une véritable lutte entre riches et pauvres. Mahamat Adoum pesait autrefois 600 millions de francs CFA par mois. Ce négociant en diamants, taillé comme un roc, est la plus grosse fortune de Boda. Il vit aujourd’hui reclus dans le quartier musulman de la ville, encerclé d’anti-balaka. Pour lui, cette guerre entre chrétiens et musulman est une pure invention de la part de ceux qui veulent s’approprier les affaires de la communauté musulmane. « C’est de la jalousie », affirme-t-il.

« Les musulmans vivent de notre ressource minière. Mais les Centrafricains sont aussi capables de gérer ça », assure un jeune homme qui se pose en porte-parole de la jeunesse chrétienne de Boda. Pour lui, les chrétiens doivent désormais remplacer les musulmans dans le domaine des affaires. « Les chantiers appartiennent aux autochtones, pas aux musulmans. On n’a jamais vu un musulman ou un Tchadien creuser un trou pour chercher les diamants. Mais le problème est qu’ils ont monopolisé ce commerce il y a longtemps », dénonce-t-il.

Si l’affrontement entre chrétiens et musulmans a plusieurs causes, la volonté de revanche sociale des laissés-pour-compte est sans doute l’une des motivations les plus puissantes.