Algérie: Amnesty dénonce une intensification de la répression

Abdelmalek Sellal, directeur de campagne d'Abdelaziz Bouteflika, en meeting à Annaba le 17 avril 2014.
© REUTERS/Louafi Larbi

Dans trois jours aura lieu l'élection présidentielle algérienne. La campagne électorale, qui a pris fin dimanche 13 avril, a été particulière, car marquée par l'absence d'Abdelaziz Bouteflika et l'annulation de certains meetings pour raisons de sécurité, suite à des manifestations d'opposants hostiles à un quatrième mandat du président sortant. Cette campagne a surtout été marquée par « une hausse des restrictions à la liberté d'expression et de réunion », estime Amnesty International dans un communiqué.

Pour Amnesty International, le débat politique public, substance même de toute campagne électorale, n'a pas pu avoir lieu en Algérie. « Il semble y avoir eu un effort concerté des autorités algériennes pour contrôler la narration de la campagne, par le biais du renforcement de leur mainmise sur la liberté d'expression », déclare l’organisation de défense des droits humains. Amnesty dénonce ainsi le harcèlement, la dispersion par la force et les arrestations de manifestants, en particulier les opposants au quatrième mandat du président sortant.

L’autre cible des autorités, selon l'ONG, ce sont les journalistes qui s'écartent du discours officiel pro-Bouteflika. Au mois de mars, lors d’une manifestation du mouvement Barakat, Hacen Ouali, journaliste politique du quotidien El Watan a été interpellé avec d’autres journalistes. « On leur montrait nos cartes de presse, mais ils s’en foutaient. Ils ont embarqué tout le monde et on a passé toute la journée dans un commissariat de police », raconte Hacen Ouali. « Les policiers étaient visiblement missionnés pour embarquer tout le monde. C’est vrai que nous ne sommes pas la Tunisie de Ben Ali, mais le métier de journaliste en Algérie s’exerce dans des conditions extrêmement difficiles », déplore-t-il.

L'épouse d'un journaliste aurait ainsi été menacée par des hommes armés soupçonnés d'appartenir aux forces de sécurité. Ils auraient exigé que son mari cesse de contester les autorités sur Facebook, avant de lui jeter de l'eau brûlante, rapporte Amnesty. Un autre exemple cité est celui de la fermeture, en mars dernier, de la chaine privée Al Atlas, pour avoir critiqué le pouvoir dans ses émissions. Et la fin de la campagne ne semble pas apaiser les choses, puisque ce lundi encore, un quotidien a perdu ses revenus publicitaires après avoir hébergé dans ses locaux la conférence de presse du mouvement Barakat.

Les syndicats également visés

Mais les journalistes ne sont pas les seules cibles de cette répression. Tous ceux qui critiquent le système ont du mal à se faire entendre. Dans le monde du travail, par exemple, le seul syndicat autorisé, l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens), est proche du pouvoir. Les autres sont régulièrement attaqués. « Le droit du travail dans le secteur privé et multinational n’est pas respecté. Dans la fonction publique, il est respecté quand on ne fait pas de syndicalisme, quand on n’est pas activiste. La loi protège le syndicaliste, mais le pouvoir est hors-la-loi à l’égard des activistes. On n’a plus de recours. Même la justice n’est pas indépendante. Les grèves sont rendues illégales par la justice. On utilise la justice et la police pour réprimer », dénonce ainsi Rachid Malaoui, responsable du Syndicat national autonome des personnels de l'administation publique (Snapap).

Pour Amnesty International, il s'agit là d'une stratégie délibérée. Ainsi, les autorités auraient voulu étouffer dans l'œuf toute tentative visant à les défier ou à remettre leur bilan en question. Intensification de la répression, tolérance zéro pour la critique publique et restrictions du droit à exprimer des revendications sociales ou politiques ; autant d'éléments qui « font planer le doute sur cette élection », conclut Amnesty International.

Même si les proches d’Abdelaziz Bouteflika n’ont cessé de répéter durant toute la campagne électorale que le quatrième mandat serait celui des libertés individuelles, le bilan du président est très critiqué par les ONG. En 2013, une nouvelle loi a restreint les conditions de création et de financement des associations. Certaines d’entre elles n’ont plus jamais eu l’autorisation d’organiser des réunions.

Ces restrictions à la liberté d’expression sont pour nous la manifestation de cette stratégie plutôt continue des autorités de vouloir tuer dans l’œuf toute contestation, qu’elle soit politique, sociale ou économique. Le débat public n’a pas pu avoir lieu, le fait que des journalistes aient pu être empêchés de rendre compte sans ingérence, sans intimidation de toutes les questions qui touchent à la société algérienne montre bien que le débat ne peut pas avoir lieu et que l’élection présidentielle semble jouer d’avance
Bénédicte Goderiaux
14-04-2014 - Par Laura Martel