RDC : le parc des Virunga, ce trésor que tout le monde s'arrache

Le parc national de Virunga en RDC.
© AFP/ALAIN WANDIMOYI

En République démocratique du Congo (RDC), le directeur du parc des Virunga dans le Nord-Kivu a été attaqué par des hommes en armes, mardi 15 avril. Il est toujours placé en soins intensifs. Au cœur de cette histoire se trouvent les Virunga, une réserve protégée dont les ressources minières attirent la convoitise de la prospection pétrolière.

L'incertitude demeure sur le rétablissement d'Emmanuel de Mérode. Le directeur du parc des Virunga, dans le Nord-Kivu, a été attaqué mardi, par des hommes armés, à une trentaine de kilomètres au nord de Goma. Cet aristocrate belge, en charge du parc depuis quatre ans, a reçu trois balles, notamment dans l’abdomen et le thorax.

Le parc des Virunga est une zone très convoitée. Cette réserve naturelle sert de refuge aux groupes rebelles du Nord-Kivu. Elle attire aussi les convoitises de la prospection pétrolière. Emmanuel de Mérode venait d'ailleurs de remettre au gouvernement congolais, un rapport sur la question.

Je crois qu'il a sous-estimé les dangers qu'il courait.

François-Xavier de Donnea
17-04-2014 - Par Christine Muratet

Richesse et biodiversité

Les Virunga sont le plus vieux parc naturel d'Afrique, créé en 1925, pendant la colonisation belge. En 1979, cette réserve d'environ 800 000 hectares, a été classée au patrimoine mondial par l'Unesco, en raison de sa grande biodiversité.

Les Virunga ce sont plus de 2 000 espèces végétales, plus de 200 espèces de mammifères et plus de 700 espèces d'oiseaux. Mais ceux qui lui donnent sa renommée internationale, ce sont les 200 gorilles des montagnes, en voie d'extinction.

En 2010, le gouvernement congolais a signé des contrats de partage de production avec deux groupes pétroliers, à savoir le Britannique Soco et le géant français Total. Face à la levée de boucliers des organisations non-gouvernementales et de l'Unesco, Kinshasa a fini par suspendre les projets de prospection et en 2011, Total a renoncé à chercher de l'or noir dans les Virunga.

En revanche Soco, au titre « d'une exploration scientifique » et non pétrolière, va démarrer ses études. Soco a hérité du bloc V qui se trouve sur le lac Albert, au cœur du parc. Le pétrolier va y mener des opérations d'acquisition sismique. Un procédé qui permet de sonder le fond du lac en envoyant de l'air comprimé, sans forage. Mais pour les ONG, il s'agit en réalité de prospection masquée.

Potentiel économique

Aujourd’hui, près de 27 000 pêcheurs tirent leurs revenus du lac Albert. Soco et le gouvernement congolais ont assuré qu’ils seraient dédommagés pour les jours sans pêche durant l’acquisition sismique. Les autorités parlent d'une enveloppe de 186 000 dollars. Les associations locales quant à elles, affirment qu'on aurait proposé aux pêcheurs 100 dollars par mois. Une somme qu'elles considèrent insuffisante.

Par ailleurs, l'ONG WWF estime que le parc des Virunga rapporte aujourd’hui 49 millions de dollars. Si la situation sécuritaire dans la région se stabilisait, ces revenus pourraient atteindre le milliard de dollars par an. 45 000 emplois pourraient être créés, en développant le tourisme, la pêche mais aussi le potentiel hydraulique du site.

Excès d’optimisme

Cependant, les résultats actuels du parc viennent doucher les espoirs de WWF. Le parc des Virunga a été rouvert au public en 2010. Alors qu'il employait près d'un millier de gardes forestiers à l'époque, aujourd'hui ses effectifs ont été divisés par trois.

D'autre part, en quatre ans, le parc a accueilli près de 2 000 visiteurs pour un revenu d’environ 1 million de dollars. Au mieux, en respectant l'environnement du site, les Virunga peuvent recevoir 10 000 touristes par an, ce qui rapporterait entre deux et trois millions de dollars, ce qui nous éloigne des projections de WWF.

En ce qui concerne le lac Albert, RFI a pu joindre, par téléphone, des pêcheurs qui ont expliqué gagner entre 5 et 7 dollars par jour. Leurs revenus sont maigres pour un labeur très difficile et plusieurs d’entre eux se laisseraient même séduire par l'activité pétrolière dans leur région car ils y voient une perspective de développement économique.

Attaque d'Emmanuel de Merode: les pistes des enquêteurs

Le belge Emmanuel de Merode a été opéré hier soir et reste en soins intensifs, après l'attaque armée dont il a été victime à Mwaro, 25 km de Goma dans le Nord-Kivu. L'armée congolaise dit qu'elle enquête pour déterminer les circonstances de cette embuscade. Mais jusque-là rien n'a filtré de ces investigations. Deux hypothèses sont privilégiées pour expliquer cette attaque.

D'abord, celle des groupes armés. Officiellement, l'armée congolaise contrôle la zone où a eu lieu l'embuscade. Mais en réalité, plusieurs milices y opèrent toujours. C'est le cas des FDLR, rebelles hutus rwandais ou de certains groupes d'auto-défense maï-maï. Toutes ces milices font du braconnage et exploitent le bois du parc national des Virunga. Emmanuel de Merode s'est toujours opposé à ces pratiques. Cela pouvait faire de lui une cible.

Deuxième hypothèse lancée par François-Xavier de Donnea, un député belge : celle d'un règlement de compte qui serait orchestré par la Soco. Cette entreprise britannique veut faire de l'éxploration de pétrole dans le parc des Virunga. De Merode s'est toujours opposé à ce projet. Selon cet élu belge, cité par l'AFP, le directeur du parc venait de constituer un dossier à charge contre la Soco lorsqu'il a été attaqué. Pour ce député belge, c'est une curieuse coïncidence, d'autant que de Merode n'avait jamais fait l'objet de menaces avant.

On attend maintenant les résultats de l'enquête lancée par l'armée congolaise.

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