Le Rwanda en émoi après l’arrestation de Kizito Mihigo

Paul Kagame, le 11 juillet 2012 à Londres.
© AFP PHOTO / CARL COURT

L’arrestation du célèbre chanteur et compositeur Kizito Mihigo est sur toutes les lèvres au Rwanda. Ce rescapé du génocide est accusé aux côtés de trois autres personnes, dont un journaliste, d’avoir fomenté une attaque à la grenade au Rwanda et d’avoir eu pour objectif de renverser le gouvernement.

Ces derniers jours sur les radios rwandaises, nombreux ont été les auditeurs à faire part de leur incompréhension après l’arrestation pour complot contre l’État de celui qui est considéré par tous au Rwanda comme un héros de la réconciliation. « Si la culpabilité de Kizito Mihigo est avérée, à qui désormais le peuple rwandais peut-il faire confiance ? », s’interrogeait par exemple cette semaine un auditeur d’une radio locale.

Dans les colonnes du New Times, le journal réputé proche du gouvernement, certains se disent consternés par ce qu'ils considèrent comme un acte de traitrise de la part du chanteur. D'autres, de manière plus anonyme, poussent le scepticisme jusqu'à la théorie du complot : le gouvernement chercherait-il à faire taire l’auteur d’une chanson très critique ?

Certaines réactions – plus officielles – ont par ailleurs été fustigées parce qu'elles ne tenaient pas vraiment compte du principe de présomption d’innocence. Mardi, lors d’une cérémonie de commémoration, le ministre rwandais de la Culture et des Sport, Protais Mitali, a appelé les Rwandais à considérer Kizito Mihigo « comme n’importe quel autre criminel ». La Commission rwandaise d’autorégulation des médias a par ailleurs déploré le traitement médiatique réservé à cette affaire, estimant que certains journalistes avaient tendance à confondre leur travail avec celui d’un juge.

Reste que l’arrestation de ce rescapé du génocide, réputé proche du régime, a provoqué une onde de choc et l’inquiétude au Rwanda. La police a prévenu que d’autres pourraient suivre.