Sénégal: Dakar se prépare au retour d’Abdoulaye Wade

Abdoulaye Wade, à Dakar le 7 février 2012, lors de la campagne présidentielle.
© Reuters/Joe Penney

Toujours annoncé, sans cesse reporté. Cette fois semble être la bonne. Abdoulaye Wade rentre au pays. L'ancien chef de l'Etat est attendu à Dakar ce mercredi 23 avril, en début d'après-midi. Si son arrivée se confirme, c’est la fin de deux ans d'absence après la douloureuse épreuve de la présidentielle de février-mars 2012, à l'issue de laquelle il avait perdu le pouvoir au profit de Macky Sall.

Abdoulaye Wade est l’Invité Afrique de ce mercredi 23 avril. A la veille de son arrivée à Dakar, il a répondu aux questions de Christophe Boisbouvier. L’intégralité de l’entretien sera diffusée à 4 h 30 TU ce mercredi matin. Il sera ensuite disponible en podcast sur la page de l’émission.

Avec notre correspondance à Dakar,  Carine Frenk

L’ancien président n’a pas encore foulé le sol sénégalais que déjà, de part et d’autre, on fait monter la tension. Anticipant le retour d’Abdoulaye Wade, l’ancien Premier ministre Idrissa Seck est rentré dimanche après six mois d’absence. Le premier, il a donc ouvert le feu contre le président Macky Sall, déclarant notamment que « traque pour traque, pourquoi ne serait-il pas traqué lui aussi pour son enrichissement illicite ».

Abdoulaye Wade en opposant

Ce mercredi, c’est donc un deuxième front qui s’ouvre pour Macky Sall, car Abdoulaye Wade arrive plus en opposant, même « comme un combattant », qu’en ancien chef d’Etat. Dans un communiqué, son parti, le Parti démocratique sénégalais (PDS), affirme qu’il est uni « pour réussir le pari de la mobilisation ». « Nous accueillerons notre secrétaire général », a insisté Babacar Gaye, le porte-parole du PDS. Abdoulaye Wade rentre en effet pour donner un élan qu’il espère décisif à son parti et rassembler la familiale libérale en vue des élections locales prévues le 29 juin, pour soutenir aussi son fils dont le procès doit se tenir théoriquement d’ici deux mois.

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L’ancien président doit arriver en début d’après-midi à Dakar. Dans la foulée, il voulait se rendre place de l’Obélisque pour un meeting, mais le rassemblement est interdit par le gouvernement, selon le PDS. Dans un communiqué, le « Comité d’organisation de l’accueil du président Wade » a dit son « indignation » face à « l’interdiction du meeting que le PDS avait décidé d’organiser à Dakar pour accueillir le président Wade ». Le lendemain, jeudi, une visite à Touba est prévue auprès du khalife général des mourides. Il rendra ensuite visite aux autres chefs religieux du pays. « Ce n’est pas une simple visite, il rentre au pays pour s’installer », confiait mardi l’un des proches de l’ancien président.

Karim Wade, le fils emprisonné

De bonnes sources, il rentre seul, sans son épouse et sans sa fille. Depuis sa défaite à la présidentielle, Abdoulaye Wade a passé le plus clair de son temps dans sa résidence de Versailles, près de Paris. Il a fait plusieurs allers-retours dans les pays du Golfe, notamment à Dubaï. Il est également passé à Abidjan, mi-décembre, faisant alors cette déclaration concernant son fils Karim, emprisonné à Dakar dans le cadre de la traque des biens mal acquis : « Son seul délit, c’est d’être le fils d’un chef d’État ». « Jamais inactif, Gorgui le vieux , comme on l’appelle affectueusement », glisse Sérigne Mbacké Ndiaye, son porte-parole.

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Souleymane Jules Diop, le responsable de communication du président Macky Sall, rappelle qu’en tant qu’ancien chef d’Etat, le salon d’honneur lui sera ouvert s’il rentre et que sa sécurité sera garantie. Mais attention, précise Jules Diop, « s’il vient pour semer le trouble au Sénégal, il trouvera face à lui, les forces de l’ordre », avant de s’exclamer : « Combien d’allers-retours Senghor et Diouf ont fait au Sénégal ? Ils n’ont jamais dérangé leur successeur ! En tant qu’ancien chef de l’Etat, il a des droits. Il a aussi des devoirs. »