Des trafics illégaux prospèrent en Côte d'Ivoire, selon l'ONU

Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire.
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Un nouveau rapport de l'ONU épingle la Côte d'Ivoire. Les experts dénoncent une violation de l'embargo sur les armes en vigueur depuis 2004. Abidjan se serait notamment procuré du matériel non autorisé sans demander de dérogation. D'autres acteurs seraient impliqués également.

1500 pistolets 9mm, 3000 AK 47 ou encore un hélicoptère MI-24 : autant d'armes sous embargo, que pourtant, Abidjan se serait procurées sans obtenir le feu vert du comité de sanction de l'ONU. Les enquêteurs évoquent également le cas de gilets pare-balles et d'équipement destiné à la vision nocturne.

Factures à l'appui, des entreprises ivoirienne, française, canadienne mais également israélienne sont accusées d'avoir fourni ce matériel au pouvoir ivoirien. Mais pas seulement. Le Burkina Faso est aussi clairement visé. Ouagadougou a enfreint l'embargo, dit le rapport, notamment avec la fourniture de 540 lance-grenades, pourtant commandées à l'origine par la présidence burkinabè.

La délégation onusienne a également repéré à Abidjan de mutiples véhicules suspects, achetés dans le passé, mais modifiés à des fins militaires. Le rapport publie par exemple des photos de pick up équipés désormais de mitrailleuses lourdes. Enfin, les experts ne cachent pas certaines craintes. Notamment celle d'armes stockées dans le Nord, à la frontière avec le Burkina, en cas de nouvelle crise. Ils mentionnent au passage le cas de milices ivoiriennes et de mercenaires libériens toujours actifs.

Trafic d'or et de diamants

Dans leur rapport, les experts de l'ONU pointent également différents trafics illégaux. Selon eux, d'anciens chefs rebelles, aujourd'hui officiers dans l'armée profitent de ces détournements. Issiaka Ouattara, alias Watao contrôlerait l’extraction artisanale d’or dans la ville de Doropo, site exploité au titre d’une « concession » par des ressortissants burkinabé. Il en aurait cédé les « droits d’exploitation » pour 25 millions de francs CFA (50 000 dollars), et perçoit en sus des revenus mensuels qui s’élèvent à 60 millions de francs CFA (120 000 dollars). Il serait aussi impliqué dans le trafic de diamants à Séguéla et Tortiya. D'autres ex-commandants de zone comme Losseni Fofana tremperaient dans le trafic de cacao et de bois. L'ancien commandant de zone de Bouna, Morou Ouattara, alias «Atchengué », le frère de Wattao, serait également impliqué. L'argent récolté servirait à l'enrichissement personnel des ex-rebelles. Mais les enquêteurs craignent aussi l'achat illégal d'armes. 

Le groupe a recueilli des informations auprès de multiples sources fiables, indiquant que la chaîne de commandement autorisant l’extraction artisanale et illégale de l'or conduit à des membres importants des forces de sécurité de la Côte d’Ivoire à Abidjan. Ces individus ou leurs associés organisent un trafic de l’or, y compris la concession de parcelles aux fins de l’exploitation et de la vente de l’or.

A qui profite le crime ?

Les restrictions imposées par le Conseil de sécurité dans sa résolution 1643 (2005) et réaffirmées dans sa résolution 2101 (2013) ne permettent toujours pas de prévenir le trafic des diamants bruts ivoiriens. La production artisanale de diamants dans les zones d’extraction de Séguéla et Tortiya se poursuit. Le Groupe a été en mesure de localiser les réseaux commerciaux à Séguéla qui achètent puis exportent illégalement des diamants bruts en passant par les États voisins.

Le groupe est à même de confirmer que les principaux négociants de diamants à Séguéla payent des éléments des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), sous le commandement d’un capitaine connu sous le nom de « Delta » et d’un lieutenant Djomane Ayba, deux seconds de l’ancien commandant de zone Wattao, pour être autorisés à faire le commerce des diamants bruts et à les exporter illégalement.

Eléments de preuve très probants

Le groupe a réuni des éléments de preuve très probants indiquant que les paiements liés à la vente de diamants bruts ivoiriens, qui s’effectuent entièrement en numéraire et ne sont pas enregistrés, continuent d’être utilisés pour apporter un appui aux éléments des FRCI sous le contrôle de Wattao. En outre, le groupe craint que les fonds ne servent à acheter des armes et du matériel connexe en violation du régime des sanctions.

Le groupe a rassemblé des informations indiquant qu’une partie de la production de diamants ivoiriens est directement envoyée depuis l’aéroport international d’Abidjan aux centres internationaux qui se livrent au négoce, à la taille et au polissage. Le groupe demeure particulièrement préoccupé par les pratiques de certains agents de la direction de la surveillance territoriale, que le groupe a observés, qui escortent des particuliers, directement depuis les comptoirs d’enregistrement jusqu’aux avions de transport de passagers, contournant les contrôles de sécurité ou des douanes en contrepartie du versement d’une somme d’argent.