L’opposant burundais Alexis Sinduhije interpellé à Bruxelles

Alexis Sinduhije lors d’un meeting pour le Mouvement pour la solidarité et la démocratie (MSD) à Bujumbura, le 11 avril 2010.
© AFP PHOTO/Esdras Ndikumana

L'opposant burundais Alexis Sinduhije a été interpellé, jeudi 1er mai au matin, en Belgique. Le président du MSD, le Mouvement pour la solidarité et le développement, a été interpellé à l'aéroport Zaventem de Bruxelles alors qu'il arrivait de Ndjamena (Tchad). Les autorités burundaises ont émis à la fin du mois de mars un mandat d'arrêt à son encontre pour « organisation d'un mouvement insurrectionnel ».

Pour Me Maingain, avocat d'Alexis Sinduhije, l'interpellation de son client jeudi 1er mai est un « acte lamentable » de fonctionnaires belges qui auraient, à l'aéroport de Bruxelles, l'habitude de contrôler les Africains, même ceux qui sont en règle.

Alexis Sinduhije aurait, selon Me Maingain, obtenu un visa pour l'espace Schengen depuis NDjamena au Tchad, ce que les autorités tchadiennes démentent. Toujours est-il que l'opposant burundais était en transit à Bruxelles et devait se rendre en Italie. Les officiers de l'immigration belge l'ont interpellé et interrogé sur les raisons de son voyage.

Toujours selon son avocat, ces mêmes officiers d'immigration auraient appelé l'ambassade burundaise qui aurait prévenu Bujumbura. Bujumbura qui a alors renvoyé en urgence aux autorités belges le mandat d'arrêt international qu'elles ont lancé contre Alexis Sinduhije en mars 2014. C'était après une manifestation des militants de son parti, le MSD, qui avait dégénéré. S'en était suivi - on s'en souvient - une prise d'otage de policiers par les manifestants. Plusieurs dizaines de ces militants d'opposition ont d'ailleurs été condamnés à des peines allant jusqu'à la prison à vie. Une condamnation dont la sévérité avait été critiquée par les organisations de défense des droits de l'homme et les Etats-Unis. L'avocat d'Alexis Sinduhije a déposé en urgence une requête pour s'opposer au refoulement de son client.

La situation semble s’être compliquée dans l’après-midi, puisqu’à l’initiative de fonctionnaires, qui devront rendre des comptes, l’ambassade du Burundi a été prévenue et il semble que, selon les informations dont je dispose, sous le bénéfice de l’extrême urgence, un mandat d’arrêt international aurait été communiqué aux autorités belges.
Me Bernard Maingain
01-05-2014 - Par Sonia Rolley

Selon le porte-parole du ministère belge des Affaires étrangères, Alexis Sinduhije reste en Belgique jusqu'à nouvel ordre dans un centre à l'aéroport. Il précise qu'il y a eu des échanges entre son ministère et celui de l'Intérieur et qu'il s'agit d'un cas complexe, sans donner davantage de précision.

Le gouvernement burundais dit exprimer sa gratitude envers la Belgique et dit espérer que Bruxelles répondra favorablement à sa demande d'extradition. Le porte-parole du ministère burundais des Affaires étrangères explique sans donner plus de détails qu'au mois d'avril dernier, des personnes recherchées par la justice belge et qui se trouvaient sur le sol burundais avaient été extradées vers la Belgique. Mais du coup - même s'il n'existe pas d'accord automatique d'extradition entre les deux pays - Bujumbura espère que Bruxelles appliquera le principe de réciprocité.

Le Burundi se prépare à organiser des élections générales l'an prochain dans un climat politique très tendu puisque, récemment, le Conseil de sécurité de l'ONU a adressé une sévère mise en garde au pouvoir burundais, en l'appelant à davantage de souplesse.

→ A (RE)LIRE : Burundi: l’opposant Alexis Sinduhije poursuivi pour «insurrection armée»


 ■ PORTRAIT : Alexis Sinduhije, l'enfant terrible de la classe politique burundaise

Après des études de journalisme au Burundi puis à Harvard aux Etats-Unis, cet orateur né fonde en 2001 - nous sommes alors en pleine guerre civile burundaise -, une station privée, Radio publique africaine, qui va tout bousculer sur son passage. Il se fait un nom. Mais le bouillant journaliste a l’impression de prêcher dans le vide et décide donc de se lancer en politique « pour changer les choses ».

Il crée son parti, le Mouvement pour la solidarité et le développement, en 2009, puis il est candidat à la présidentielle de 2010 qu’il va boycotter comme ses collègues de l’opposition en accusant le pouvoir burundais de fraude massive. Est-ce une simple coïncidence ? Les principaux leaders de l’opposition burundaise dont l’ancien journaliste prennent alors le chemin de l’exil et on voit apparaître de nouvelles rébellions au Burundi, rébellions réprimées dans le sang.

Nouvelle fuite

Un rapport d’experts onusiens sur la RDC de 2012 présente Alexis Sinduhije comme l’un des leaders de ces groupes, ce qu’il a toujours nié. Alexis Sinduhije a dû fuir le pays une nouvelle fois après les violents affrontements entre ses militants et la police burundaise début mars.

C’est ce qui lui vaut aujourd’hui son arrestation à Bruxelles. Ses partisans rappellent que la Tanzanie avait refusé de le livrer à Bujumbura en 2012. « Bruxelles ne peut pas faire moins que ce pays africain », espèrent-ils.