Nigeria: Boko Haram va «vendre» les lycéennes enlevées

Mères des jeunes lycéennes enlevées par Boko Haram, le 14 avril, lors d'une réunion avec le gouverneur de l'Etat de Borno, le 22 avril 2014.
© REUTERS/Stringer

Le groupe islamiste Boko Haram confirme avoir enlevé à la mi avril plus de 200 lycéennes dans le dortoir de leur école de Chibok, dans le nord-est du Nigeria (Etat de Borno), par le biais d'une vidéo où le chef du groupe déclare notamment : «J'ai enlevé les filles. Je vais les vendre sur le marché, au nom d'Allah». D'autres informations circulent sur le possible transfert des adolescentes au Tchad et au Cameroun voisins, où elles auraient été vendues pour 12 dollars chacune.

La vidéo dure 57 minutes, le son est de mauvaise qualité, l’image floue, mais on y reconnait Abubakar Shekau, le leader de la secte islamiste Boko Haram. Il est vêtu d’une veste de treillis, d’un pantalon rouge, et d'un bonnet sur la tête. Il est debout devant un véhicule de transport blindé beige et deux pick-up équipés de mitrailleuses.

Entouré de six hommes, dont le visage est masqué par un turban, Shekau s’exprime en arabe, mais surtout en haussa. Pendant les quinze premières minutes, il s’en prend à la démocratie, l'éducation occidentale et «ces mécréants qui ne croient pas en l’islam». Puis Abubakar Shekau s’emporte : « J’ai kidnappé vos filles ! », répète-t-il d’un ton sarcastique.

«Je vais les vendre comme des esclaves, au nom d’Allah. Il y a un marché ou ils vendent les êtres humains ». Il ricane à plusieurs reprises. Jette un coup d’oeil au cahier qu’il tient dans les mains. Puis ajoute, le bras pointé au ciel : « J’ai dit que l’éducation occidentale devait cesser, les filles doivent quitter l’école et se marier ». « Une fille de 12 ans, je la donnerais en mariage, même une fille de 9 ans, je le ferais », a-t-il aussi ajouté. Des propos qui suscitent une vive indignation.

Aide de Washington

Les Etats-Unis pensent que beaucoup de ces jeunes filles enlevées au Nigeria il y a trois semaines ont été déplacées hors du pays. Le président Goodluck Jonathan a demandé l’aide de Washington. La Maison-Blanche et le département d’Etat se disent préoccupés par cette « tragédie » et reconnaissent coopérer avec Abuja, sans vouloir donner de détails. Marie Harf, la porte-parole adjoint du département d'Etat américain, confirme ainsi l'implication des Etats-Unis :

« Nous apportons au sens large notre aide dans le domaine du contre-terrorisme au Nigeria, plus spécifiquement en transmettant nos informations et également en les aidant à améliorer leurs capacités d’investigation. C’est ce qui est utile au moment où les Nigérians essaient de retrouver ces jeunes filles, alors que plusieurs d’entre elles, selon nos informations, ont été transférées hors du Nigeria vers des pays voisins.

Je ne vais pas donner plus de détail sur l’aide que nous apportons. Nous sommes concentrés sur la recherche pour s’assurer qu’elles rentrent dans leurs familles. La situation est hors de contrôle, c’est une forte préoccupation et nous faisons de notre mieux pour les aider. »


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■ Une meneuse du mouvement de libération des lycéennes arrêtée

Naomi Mutah, l'une des chefs de file de la campagne de libération des lycéennes enlevées par Boko Haram a été arrêtée ce lundi après un entretien avec la première dame Patience Jonathan, selon des militants. Le bureau de la première dame a cependant démenti des informations selon lesquelles Madame Jonathan aurait elle-même ordonné cette arrestation. Naomi Mutah faisait partie de la délégation qui a rencontré Mme Jonathan dimanche, dans la soirée, pour évoquer le sort des 200 adolescentes enlevées dans leur lycée le 14 avril. Un groupe baptisé « Bring back our girls » (Ramenez nos filles) a organisé une série de manifestations dans tout le pays pour demander au gouvernement et à l'armée de faire plus d'efforts pour libérer les otages.