Mali: «La France tient à s'installer dans la durée»

Des soldats de l'opération Serval dans la vallée de Terz au nord du Mali, en mars 2013.
© REUTERS/Francois Rihouay

Un huitième soldat français a trouvé la mort dans la nuit de mercredi à jeudi au Mali dans le Nord, près d’un an et demi après le lancement de l’opération Serval. Il s'agit d'un sous-officier du 2e régiment de parachutistes de Calvi. Le légionnaire a été tué par un engin explosif, a indiqué Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense. Il a également annoncé que l’intervention française sur place était en train de se terminer dans sa phase de guerre frontale contre les groupes jihadistes. Philippe Chapleau est journaliste spécialiste des questions de Défense au journal Ouest-France. Il est l'auteur du blog Lignes de Défense.

RFI : Cette réorganisation de Serval au Mali est-elle attendue ?

Philippe Chapleau : Oui, en fait, Jean-Yves Le Drian a simplement confirmé ce qu’il avait déjà annoncé depuis le mois de janvier : l’ensemble de la présence française dans la zone sahélienne va être redéfinie et on aura environ 3 000 soldats français pour l’ensemble de cette zone.

Avec plusieurs pays concernés : Mali, Niger, Tchad, jusqu’à la Mauritanie ?

Effectivement, il y a quatre pays principalement concernés. C’est le Tchad avec Ndjamena qui servira de poste de commandement et c’est aussi là où sera basée la composante aérienne ; un millier d’hommes certainement au Mali à Gao. Puis deux autres composantes : l’une à Niamey avec les drones Harfang et Reaper, puis des forces spéciales à Ouagadougou.

Cela signifie-t-il que d’autres hommes vont quitter la France ou s'agit-il d'une redistribution des personnels qui sont déjà en place ?

C’est plutôt une redistribution des moyens qui sont déjà déployés dans la région. Ils bénéficieront du soutien des forces françaises en Côte d’Ivoire et à Dakar. Et éventuellement, si besoin était, ils pourraient être renforcés par les éléments français de Djibouti.

Il y a ces annonces mais ce que remarquent les observateurs ces derniers temps, c’est que l’armée française communique peu sur ce qui se passe au nord du Mali, contrairement à ce que l’on avait pu voir en apparence au début de l’opération Serval ?

La nature des combats actuellement fait que la communication est certainement beaucoup moins facile pour l’état-major des armées. Les troupes françaises sont engagées dans les opérations de lutte antiterroriste. Ce sont des opérations qui passent surtout par des phases de renseignements. Il est donc difficile de communiquer en temps réel sur les actions qui sont menées. Par exemple, on ne savait pas qu’il y avait cette opération cette nuit dans le massif des Ifoghas. C’est bien une opération de renseignement et d’infiltration par des forces spéciales et des éléments du 2e régiment étrangers de parachutistes.

Vous dites qu'ils communiquent peu pendant, mais ils ne communiquent pas beaucoup non plus après ?

Effectivement, on peut toujours se plaindre et regretter qu’il n’y ait pas plus de communication. Mais ce sont des opérations dont les modes opératoires doivent rester secrets. Il y a eu par exemple, lors de la libération de cinq humanitaires maliens qui avaient été capturés, une pré-opération des forces spéciales françaises sur laquelle le ministre et l’état-major des armées sont restés très discrets.

On avait appris la semaine dernière que des jihadistes du Nord avaient formé un commando, que des personnes accusées d’être des informateurs de l’armée française avaient été assassinées sur place. C’est peut-être pour cela aussi qu’on n’a pas beaucoup d’informations ?

Peut-être, il y a cette rumeur qui dit qu’un groupe de tueurs serait à l’œuvre dans la région de Kidal. Effectivement, si les forces françaises sont en train de traquer ce groupe, on comprend très bien qu’elles ne veuillent pas donner d’informations sur les objectifs, sur la façon dont ils vont procéder pour les intercepter et les neutraliser.

Ce jeudi matin, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a dit qu’il n’y avait pas de limite dans le temps pour cette seconde phase davantage antiterroriste. Est-ce que l’opinion ne va pas à un moment donné demander des comptes ?

C’est possible, mais en tout cas, il faut bien comprendre que les 3 000 hommes qui seront basés dans la zone sahélienne vont s’installer durablement. La preuve, c'est qu’on assiste à des travaux d’infrastructures assez lourds à Niamey et au Tchad. Ce qui démontre bien que la France tient à s’installer dans la durée. Quelle sera la réaction de l’opinion publique ? Je ne sais pas. Si les résultats sont positifs, si les pertes ne sont pas trop élevées, l’opinion publique comprendra assez facilement qu’une partie assez serrée se joue dans cette zone.

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