Lycéennes enlevées au Nigeria: l'impuissance de l'armée sur le terrain

L’armée nigériane arrive sur le lieu d’une explosion à Abuja. Attaque attribuée au groupe jihadiste Boko Haram, le 2 mai 2014.
© REUTERS/Afolabi Sotunde

L'enlèvement de plus de 200 lycéennes par le groupe Boko Haram marque un tournant vers « la fin du terrorisme » au Nigeria a déclaré jeudi le président Goodluck Jonathan lors de la première session plénière du Forum économique pour l'Afrique. Cette dernière a démarré à Abuja par une minute de silence en soutien aux familles des lycéennes enlevées. L'armée nigériane, présentée comme l'une des plus efficaces de la région, peine dans ses recherches.

Le chef de l'Etat Goodluck Jonathan a adressé des remerciements à la Grande-Bretagne, la Chine, la France et aux Etats-Unis, qui ont promis d'envoyer des experts pour aider à retrouver les adolescentes. Cette aide est la bienvenue alors que l'armée nigériane semble impuissante.

Sur le papier, l'armée nigériane est la plus puissante de toute la sous-région. Le Nigeria consacre plus de 20% de son budget à la sécurité. Plus de 20 000 soldats sont déployés dans les Etats du Nord dont celui de Borno, sous état d'urgence depuis mai 2013.

Au moment de l'exécution de son chef spirituel Mohamed Yussuf par l'armée en 2009, Boko Haram n'était encore qu'une secte centrée sur la ville de Maiduguri. Devant la répression, le groupe s'est progressivement transformé en une redoutable insurrection islamiste aux actions de plus en plus spectaculaires, jusqu'aux enlèvements de plus de 200 jeunes filles mi-avril.

 → A (RE)LIRE : Nigeria : combats dans l'Est entre l'armée et Boko Haram

Alors pourquoi l'armée est-elle aussi inefficace ? D'abord, parce que dans une guerre asymétrique, une armée régulière est souvent inadaptée face à une guérilla. Mais pour les spécialistes, l'armée nigériane est surtout affaiblie par sa corruption.

Le chercheur Marc Antoine Pérouse de Montclos rappelle que, dans le passé, des soldats nigérians ont participé au trafic d'armes à destination de la rébellion du Mend dans le Sud. Pour le chercheur béninois David Zounmenou, cette contrebande d'armes est tout à fait possible avec Boko Haram, y compris pour le pétrole.

Enfin, l'armée nigériane, connue pour sa violence, a perdu le soutien des population du Nord par ses actions très meurtrières contre les civils, victimes de ses exactions. Ces civils sont incités à constituer des milices d'autodéfense par l'armée. De ce fait, ils deviennent des cibles pour les insurgés jihadistes.

 → A (RE)LIRE : Soutien international au gouvernement nigérian face à Boko Haram

Les gens prennent enfin les choses au sérieux. [...] On est heureux qu'ils aient fait appel à l'aide extérieure.

Un père de famille de deux adolescentes enlevées à Chibok
09-05-2014 - Par RFI

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