Centrafrique: une journaliste française assassinée en reportage

La photojournaliste française Camille Lepage, ici en février 2014 lors d'un reportage à Bangui.
© AFP PHOTO / FRED DUFOUR

Une photojournaliste française, Camille Lepage, a été tuée alors qu'elle effectuait un reportage en République centrafricaine, a annoncé l'Elysée ce mardi 13 mai dans un communiqué. La jeune femme était âgée de 26 ans. Ce sont des soldats français de la force Sangaris qui ont découvert son corps dans la région de Bouar (Ouest).

Camille Lepage était de ces journalistes qui n'ont pas peur, mais pas une tête brûlée pour autant, selon l'une des fondatrices de l'agence Hans Lucas pour qui la jeune femme travaillait. Selon sa mère, elle était animée d'une seule envie : témoigner sur des populations dont on ne parle pas et qui sont en danger. C'est ce qui l'avait amenée à se rendre au Soudan du Sud, puis en Centrafrique.

C'est ce mardi matin qu'une patrouille de la force Sangaris a fait la macabre découverte, lors du contrôle d'un convoi de pick-up sur la route entre Bouar et Baboua, à l'extrême ouest de la Centrafrique, au niveau du village de Fembélé, précisément. Dans l'un de ces pick-up, qui était conduit par plusieurs hommes armés présentés comme des anti-balaka, se trouvaient cinq corps inanimés, dont celui de la photojournaliste française, âgée de 26 ans. « Il y avait plusieurs véhicules, explique Romain Nadal, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. Dans l’un d’entre eux, nous avons retrouvé le corps de notre compatriote, que nous avons rapidement pu identifier car il y avait un document d’identité dans ses vêtements. »

Les occupants du pick-up n'ont opposé aucune résistance. Ils ont été conduits à Bangui pour être entendus par la police judiciaire de la force africaine de la Misca et des gendarmes français présents sur place. Le corps de Camille Lepage a été acheminé à Bouar pour être ramené par avion vers la capitale centrafricaine dans la matinée.

« Nous les retrouverons et les traduirons en justice »

Une enquête a aussitôt été dilligentée sur place, a annoncé Romain Nadal. « Nous avons décidé l’envoi immédiat sur le site du drame, d’une équipe française et de la police de la force africaine déployée en RCA, afin que tous les moyens nécessaires soient mis en place pour faire la lumière sur les circonstances de cet assassinat, et retrouver les meurtriers de notre compatriote », a précisé le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Dès ce mardi soir, la présidence de la République évoquait un « assassinat ». « Nous devrons avoir toute la vérité sur cette affaire, savoir pourquoi elle était dans cette région, qui l’a capturée, comment elle est morte et faire en sorte que ses assassins ne soient pas impunis. Nous les retrouverons et nous les traduirons devant la justice », a affirmé François Hollande. « Tout nous porte à croire que notre compatriote a été victime d’une fusillade et d’un affrontement armé entre deux groupes, précise Romain Nadal, et que par conséquent, elle a été assassinée. Nous n’avons pas encore identifié les responsables de cette fusillade et du décès de notre compatriote. »

A Paris, une enquête a également été ouverte ce mercredi sur les circonstance de sa mort.

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Une photo de Camille Lepage d'un milicien anti-balaka de la ville de Bossembele au nord-ouest de Bangui, le 24 février 2014. © REUTERS/Camille Lepage

La photographe indépendante Camille Lepage était partie seule en reportage avec des anti-balaka dans le nord du pays. La force Sangaris n'était pas au courant de son déplacement.

« Infinies précautions »

Revenant plus largement sur le contexte centrafricain et les activités des médias sur place, François Hollande a par ailleurs insisté sur la prudence nécessaire à respecter, « dans cette partie là de l'Afrique, et notamment en Centrafrique ». « Je demande aux journalistes de faire leur travail. Je ne peux pas leur demander autre chose. Et en même temps de prendre d’infinies précautions », a-t-il ajouté. Selon le président de la République, ce drame ne remet pas en cause les opérations de la force Sangaris en cours dans le pays, avec les forces africaines et européennes, et en attendant l'opération de maintien de la paix des Nations unies. « Nous devons continuer notre travail parce que c’est très important que ces bandes, ces milices armées, soient mises hors de la Centrafrique et désarmées, a estimé François Hollande, afin que la population civile soient protégées et puisse vivre en paix. Car au moment où nous apprenions la mort de cette jeune femme, journaliste française, nous avions aussi d’autres informations sur d’autres massacres commis en Centrafrique. » Pour François Hollande, la France doit être « fière de ce qu'elle fait en Centrafrique », tout en étant « solidaire de la famille de cette jeune journaliste. »

Trois journalistes tués en quinze jours dans le pays

Antoinette Montaigne, ministre centrafricaine de la Communication, a de son côté insisté sur le fait que la sécurité des journalistes travaillant dans le pays est en effet menacée. « Nous avons eu à déplorer, depuis le 30 avril, deux journalistes centrafricains qui sont tombés, à Bangui, dans des agressions meurtrières, explique-t-elle. Et là, aujourd'hui, c'est la troisième qui touche une journaliste française (...) En quinze jours, trois journalistes tués, ça commence à faire beaucoup. » Pour Antoinette Montaigne, ce sont les activités même de Camille Lepage qui ont dérangé un des groupes armés. « Cela se voyait bien que c'était une journaliste européenne. Pour quelle raison aurait-on attenté à sa vie ? Elle n'était pas porteuse d'armes, elle n'était pas combattante. Je pense que cette jeune journaliste, Camille Lepage, était là bas pour prendre des photos de ce village brûlé pour en témoigner, et cela a probablement dû gêner certains groupes », juge la ministre centrafricaine.

Une photo de Camille Lepage des réfugiés du camp de Yida, au Soudan du Sud, le 29 octobre 2012. © AFP PHOTO/ Camille Lepage