Migrants: la Libye ne veut plus être «le garde-côtes de l’Europe»

Un groupe de migrants illégaux interpellés au large de la Libye et retenus à Zawia, à l'est de Tripoli, le 12 mai 2014. La veille, une embarcation contenant des dizaines de migrants a sombré, à Garabouli.
© REUTERS/Ismail Zitouny

Après la découverte macabre de ce dimanche 11 mai sur les côtes libyennes, où 36 corps de migrants ont été repêchés, lundi, un autre bateau a coulé au large de l’île de Lampedusa. Au moins 14 personnes sont mortes et plus de 500 sauvées par les marines italienne et libyenne. La Libye demande l’aide de l’UE, dans un appel qui n’est pas sans rappeler certains discours de Mouammar Kadhafi.

Samedi, Saleh Maze, le ministre libyen de l’Intérieur par intérim menaçait l’Europe de « faciliter » le transit des clandestins si l’Union européenne n’aidait pas son pays à contrôler les flux. Des déclarations qui font écho au chantage exercé par Mouammar Kadhafi. En novembre 2010, par exemple, celui-ci demandait 5 milliards d’euros à l’Union européenne pour juguler les flux de l’immigration. Ses arguments étaient les mêmes qu’aujourd’hui : « Si vous voulez stopper l’immigration clandestine, aidez la Libye (…), la Libye ne sera plus le garde-côte de l’Europe ». Suite aux drames survenus ce week-end, l'UE a demandé à la Libye d’« intensifier ses efforts pour empêcher ce genre de tragédies ». Pour les migrants originaires des pays frontaliers comme le Niger et le Tchad, la Libye est un pays de destination. Pour les autres, un pays de transit vers l'Europe et une vie qu'ils espèrent meilleure.

→ À (RE)LIRE : Des dizaines de migrants meurent noyés au large de la Libye

Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, a annoncé qu’elle continuerait à apporter son soutien aux autorités libyennes, notamment avec sa mission d’assistance aux frontières. Des frontières poreuses de plusieurs milliers de kilomètres, difficiles à contrôler pour de nouvelles autorités qui maîtrisent à peine leur capitale.

« L'Europe ne peut pas fonctionner avec la stratégie de la patate chaude »

Mais pour Pierre Henry, directeur général de France-Terre-d'Asile, les drames de l'immigration clandestine se succèdent en partie parce que l'Union européenne n'agit pas. « Les Etats européens ont une réponse indigente, s'indigne-t-il. Près de 20 000 morts en quelques années, c'est impensable. » Les deux deux Conseils européens qui se sont tenus sur ces questions « n'ont véritablement apporté aucune réponse satisfaisante », poursuit Pierre Henry, qui plaide pour une « réponse à trois niveaux » : « D'abord sur une problématique de prévention, c'est à dire travailler avec les pays source, mais aussi avec les pays de transit pour éviter que des gens montent sur ces rafiots. » Second niveau d'acftion possible, pour le directeur de France-Terre-d'Asile, quand le travail de prévention avec les pays source n'est pas possible, « il faut prévoir des couloirs maritimes ». Enfin, explique-t-il, « il y a une troisième dimension, de solidarité avec la Grèce, l'Italie, l'Espagne ou Malte. l'Europe ne peut pas fonctionner selon la stratégie de la patate chaude. »

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