Bénin: Boni Yayi accorde son pardon à Patrice Talon

Le président béninois Boni Yayi le 9 janvier 2013 à Ottawa.
© REUTERS/Chris Wattie

Coup de théâtre dans l’affaire Talon, du nom de cet homme d’affaires franco-béninois, Patrice Talon, accusé d’avoir tenté d’empoisonner le président Boni Yayi, en octobre 2012. Ce mercredi soir, le chef de l’Etat a annoncé qu’il pardonnait Patrice Talon, son associé Olivier Bocco et les 6 personnes toujours détenues au Bénin.

Le geste du président Yayi intervient 10 jours après la décision de la Cour suprême de casser les arrêts de non-lieux de la cour d’appel de Cotonou et de renvoyer le dossier devant la justice.

C’est a priori la fin d’une affaire dont les rebondissements ont rythmé la vie des Béninois depuis qu’elle a éclaté. Il y a d’abord eu, en octobre 2012, la tentative présumée d’empoisonnement du président à l’aide de médicaments, puis, en février 2013, la tentative présumée de complot contre l’Etat. Dans les deux cas, Patrice Talon, ancien soutien du président, est accusé d’avoir tout organisé. 

Si Patrice Talon est accusé d’avoir quitté le pays où il était visé plusieurs plaintes, six personnes sont incarcérées, dont la nièce du chef de l’Etat. Il y a exactement un an, le juge d’instruction Angelo Houssou réfugié depuis aux Etats-Unis, prononce des non-lieux. Non-lieux confirmés en juillet 2013 par la cour d’appel de Cotonou. Malgré cela, les six détenus restent en prison, et en janvier dernier, la France s’oppose à l’extradition de Patrice Talon et de son collaborateur Olivier Bocco, demandée par le Bénin.

On en était là, jusqu’à ce que le 2 mai, la Cour suprême, saisie par les avocats de Boni Yayi, relance l’affaire en cassant les arrêts de la cour d’appel, au motif que les juges s’étaient référés à des articles de l’ancien code de procédure pénale, alors que le nouveau était déjà en vigueur. En conséquence, de nouveaux magistrats allaient devoir examiner les dossiers. Quels juges, quand ? Voilà des questions auxquelles il n’y a plus à répondre, et les six personnes détenues devraient être libérées très rapidement.

Le bon sens a triomphé.
Maître Séverin-Maxime Quenum
15-05-2014 - Par Bernard Nageotte


Intervention de Boni Yayi depuis la présidence et diffusée en direct sur la chaîne nationale, l’ORTB.

« J'ai décidé, en mon âme et conscience, et en toute liberté, de pardonner. Ce pardon s'adresse à monsieur Patrice Talon, Bocco Olivier et à tous les détenus. Le pardon accordé, je serai reconnaissant au système judiciaire de mon pays des dispositions appropriées qui seront prises en vue de rendre la liberté à tous les détenus et garantir à tous la liberté de circulation aussi bien dans notre pays que dans le reste du monde. J'exhorte chaque Béninoise et chaque Béninois à tourner définitivement la page de cette affaire et nous atteler ensemble à la résolution des problèmes quotidiens auxquels notre peuple est encore confronté ».