Moussa Mara: «L’attaque de Kidal est une déclaration de guerre»

Le Premier ministre malien Moussa Mara au Parlement à Bamako, le 29 avril 2014.
© AFP PHOTO / HABIBOU KOUYATE

L'armée malienne et les groupes armés du Nord (MNLA et MAA) se sont violemment affrontés à Kidal samedi 17 mai. Le Premier ministre, Moussa Mara, était en déplacement dans la ville à ce moment-là. Si la force de l'ONU au Mali (Minusma) tente de négocier un cessez-le-feu entre les belligérants, les autorités du Mali estiment au contraire qu'il s'agit d'une déclaration de guerre des mouvements rebelles. Moussa Mara, le Premier ministre, est l'invité de RFI. Cet entretien a été enregistré avant que la Minusma annonce dans un communiqué l'assassinat de six officiels maliens au gouvernorat de Kidal.

Suite aux affrontements violents entre l’armée du Mali et les groupes du Nord, notamment le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), estimez-vous que le Mali est en guerre ?

Moussa Mara : Malheureusement, ceux qui utilisent Kidal comme monnaie d’échange, comme outil de pression depuis des décennies dans notre pays, ont profité de cette occasion pour se livrer une énième provocation en attaquant le gouvernorat pendant que j’y étais. J’ai animé une réunion sous les feux nourris de ces groupes armés. Je ne dis pas « MNLA », je dis « groupes armés » comprenant MNLA, HCUA [Haut conseil pour l'unicité de l'Azawad] et sans doute des jihadistes d'Aqmi [al-Qaïda au Maghreb islamique]. Cette attaque du gouvernorat est une déclaration de guerre parce qu’elle viole tous les protocoles qui ont pu être conclus avec ces groupes qui ont bien reconnu que Kidal est malienne en reconnaissant l’intégrité du territoire. Donc c’est une violation, c’est une déclaration de guerre qui va être traitée comme telle par la République du Mali.

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Des renforts de l’armée malienne sont déjà en partance pour la ville de Kidal. Confirmez-vous cette information ?

C’est une information confirmée. Des renforts d’ailleurs sont déjà arrivés à Kidal. Maintenant, il va falloir que nous traitions cela avec la dernière rigueur. C’est aussi simple que cela.

Le général Jean-Bosco Kazura, de la Minusma, tente de négocier une sorte de cessez-le-feu. Pour vous, c’est une solution ?

On n’est pas du tout des va-t-en-guerre. Notre objectif est que la souveraineté du Mali s’exerce sur l’ensemble de notre territoire, y compris Kidal. Si on peut l’obtenir de manière pacifique, pourquoi pas. Mais notre objectif est cela et nous allons employer tous les moyens pour y arriver.

Estimez-vous également que la Minusma et les éléments de Serval, la force française au Mali, présents à Kidal, n’ont pas joué leur rôle ?

Nous avons été surpris de leur passivité, mais nous n’en tirons pas de conclusions à ce stade. Ce sont des forces amies en qui nous reconnaissons beaucoup de bienfaits sur cette partie de notre territoire, mais entre amis aussi, on se dit les vérités.

L’un des responsables du MNLA a déclaré sur notre antenne : « Moussa Mara est entièrement responsable de ce qui s’est passé à Kidal. » Que répondez-vous ?

Comment puis-je être responsable ? Je suis Premier ministre légitime de la République du Mali, comment puis-je être considéré comme responsable ? Il faut être sérieux et voir la situation en face. Je suis venu tranquillement, j’ai discuté et pendant que je discute, on attaque l’endroit où je me trouve. Et après on veut me traiter de responsable. Il faut qu’on soit sérieux. Ils ont franchi le Rubicon. Aujourd’hui, ils sont dans une situation désespérée et ils essaient de faire porter le chapeau à n'importe qui.

Quelles sont les informations dont vous disposez sur la présence d’éléments jihadistes, ou terroristes comme vous le dites, auprès des groupes du nord du Mali ?

Nous avons eu des informations sur l’arrivée de groupes jihadistes tous feux éteints en fin de journée dans la ville. Aujourd’hui, des colonnes de véhicules et des motos ont été signalées. Nous n’avons aucune raison de douter de la pertinence de ces informations. Mais cela ne fait que confirmer ce qui est une réalité : ces groupes se sont toujours donné la main pour s’attaquer au Mali.

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Quel message adressez-vous aux habitants de Kidal, de la zone, et notamment à ceux qui soutiennent les groupes du nord du Mali ?

Beaucoup d’instrumentalisations ont été orchestrées des populations malheureuses de Kidal avec qui je suis tout à fait solidaire. J’ai été accueilli à bras ouverts par une partie de la population. Je suis passé à travers certains quartiers pour rejoindre le gouvernorat et les gens ont brandi les drapeaux du Mali. Je demande aux Kidalois de rester sereins. L’Etat malien est là, à leur côté, et il fera tout pour que leurs droits et leurs libertés individuelles, leur droit à disposer de leur vie, à être prospère et à vivre décemment, soient respectés. Le Mali s’engage à cela. Inch'Allah, ce sera le cas.

Des négociations avec les groupes du Nord sont-elles toujours possibles ?

Mais bien sûr ! Ce que je suis en train de dire n’est en rien contradictoire avec les négociations. La question du Nord a plusieurs aspects. Ce que je suis en train de dire, c’est simplement une mesure élémentaire d’exercice de notre souveraineté sur notre territoire. Cela n’est pas du tout incompatible avec un processus de dialogue et de discussion. Nous allons mener tout cela de front et Inch'Allah cette fois-ci, on va régler la question du Nord de manière définitive avec des accords qui seront les derniers.

Mais de possibles combats dans les jours qui viennent à Kidal, ne remettraient-ils pas en cause ce processus de dialogue ?

Ça ne mettra pas en cause ce processus de dialogue. Cela voudrait dire que les uns et les autres ont décidé de croiser le fer avec des forces armées maliennes qui sont là-bas pour faire en sorte que l’Etat exerce sa souveraineté sur son territoire. S’ils déposent les armes, s’ils sont cantonnés comme cela se doit et que des hommes en armes ne circulent pas dans la ville de Kidal comme chez eux dans leur jardin, il n’y aura pas de problème. Ça dépend d’eux. Ils ont à faire ce choix-là et nous aviserons à ce moment. Je demande à tous les Maliens qu'ils cessent, s’ils sont en armes, de porter des armes contre leur propre pays parce que ça ne marche pas à long terme. Je lance un appel à tous mes compatriotes pour dire : « Construisons ensemble ce Mali. Ce Mali divers, mais ce Mali uni. »


 ► Demain, mardi 20 mai, le ministre des Affaires étrangères camerounais Pierre Moukoko Mbonjo sera l'invité de RFI. Une voix que l'on n'entend pas souvent. Après le sommet de Paris consacré à la lutte contre Boko Haram, il fera le point sur les relations entre le Cameroun et le Nigeria.