Nigeria: un double attentat à Jos fait plusieurs dizaines de victimes

Une carcasse de voiture après un attentat à Kano, au nord du Nigeria, le 19 mai 2014.
© REUTERS/Stringer

Au Nigeria, un double attentat a secoué la ville de Jos ce mardi 20 mai dans l'après-midi. Selon l'Agence nationale de gestion des crises, 118 personnes ont été tuées dans deux explosions sur un marché très fréquenté de la ville. La police avançait quant à elle le chiffre de 46 morts. La ville de Jos est situé dans l’Etat du Plateau, à la lisière entre le Sud, à majorité chrétien, et le Nord, musulman.

Les bombes ont explosé à trente minutes d’intervalles. Les lourdes détonations ont résonné à plusieurs kilomètres à la ronde. Sur le lieu de l’attentat, plusieurs témoins ont vu des corps sans vie être évacués mais aussi des blessés aux membres arrachés.

De toute évidence, cet attentat visait à faire le plus de victimes. Sur les premières images, on voit des scènes de chaos : une épaisse fumée, des voitures calcinées et des façades d’immeubles noircies sur plusieurs centaines de mètres. La deuxième explosion a, semble-t-il, été la plus meurtrière. Le bus piégé était stationné sur le chemin de l’hôpital où étaient évacuées les victimes, de l’autre côté du marché.

La marque de Boko Haram

La presse nigériane rapporte que plusieurs secouristes sont morts. La police indique par ailleurs que la majorité des victimes sont des femmes. Le quartier Terminus de Jos grouille de vendeuses qui, aux heures de pointe, tentent de vendre leurs marchandises aux passagers des bus et des trains – les gares sont à deux pas.

Très vite, le président nigérian Goodluck Jonathan a condamné « une attaque tragique perpétrée par des hommes cruels et diaboliques ». Si aucun groupe n’a encore revendiqué l’attentat, le modus operandi – un double attentat à la voiture piégée à une heure de pointe – porte la marque de Boko Haram.

La ville de Jos n’avait pas connu d’événement terroriste de cette envergure depuis la série d’attentats revendiqués par la secte islamiste dans des quartiers chrétiens de la ville en décembre 2010. Les explosions meurtrières de ce mardi – et c’était peut-être l’objectif recherché – risquent de réveiller les violences interconfessionnelles qui, sur fond de conflits fonciers, ont fait plusieurs milliers de morts à Jos et dans l’État du Plateau ces dernières années. Des responsables religieux sur place ont appelé les habitants à ne pas céder à la tentation des représailles.

Appel à l'unité face au terrorisme

C'est le cas de l'archevêque Ignatius Kaïgama, président de la conférence épiscopale du Nigeria, qui lance un appel à l'unité :

« Il est difficile de dire à ce stade quel était le but de cette attaque. Est-ce une attaque menée par des criminels ou une attaque lancée par des extrémistes qui mènent un combat religieux ? Nous devons vérifier cela (…) Mais en regardant la typologie des attaques qui ont eu lieu dernièrement dans le pays, surtout dans les régions du Nord, c'est très facile de dire que celle-ci a été perpétrée par le groupe terroriste qui mène un combat au nom de l'islam. C'est ce que les gens risquent de penser, et c'est sûr, cela va exacerber la sensibilité religieuse de chacun, cela va augmenter les tensions entre communautés religieuses et cela n'est pas un bon présage pour le Nigeria.

Les faits semblent se répéter et ce n'est pas dans l'intérêt du Nigeria. Ce qui est important c'est que les Nigérians sont unis contre le terrorisme. Et je leur demande à tous de soutenir cette unité. (…) Les bons musulmans et les bons chrétiens doivent s'unir et dépasser ce qui est mauvais, ce qui est mal. Nous lançons un appel à tous les Nigérians pour qu'ils fassent tout ce qui est possible pour dévoiler le nom de tous ceux qui parmi nous ont causé ces terribles pertes en vies humaines et pertes matérielles. »

L’État du Plateau n’est pas concerné par l’état d’urgence reconduit hier dans trois provinces du Nigeria. La ville de Kano, où un attentat à la voiture piégée a fait plusieurs victimes dimanche soir, est également éloignée du périmètre d’action privilégiée de Boko Haram. Une gare routière a également été frappée par deux fois en périphérie d’Abuja au cours des deux derniers mois. Alors que l’essentiel des efforts de l’armée est porté dans l’État de Borno, au nord-est, la frappe meurtrière de Jos confirme que la menace terroriste pèse désormais sur une large étendue du territoire nigérian.

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