Libye: le général Haftar recompose le paysage militaire

Le général Khalifa Haftar, lors d'une conférence de presse près de Benghazi, le samedi 17 mai 2014.
© REUTERS/Esam Omran Al-Fetori

En Libye, « l'opération dignité » lancée par Khalifa Haftar vendredi a un nouveau soutien : celui du ministre de la Culture. Après le soutien des forces spéciales, celui de plusieurs unités de l’armée et de chefs de tribus dans l’est, Khalifa Haftar continue de gagner des faveurs.

Ce nouveau soutien n'est pas des moindres. Le ministre de la Culture, Habib Lamine a indiqué mercredi soir qu’il soutenait l’opération du général Haftar et qu’il ne reconnaissait plus le Parlement.

Selon lui, le Congrès général national « protège les terroristes » et par conséquent « ne le représente plus ».  C’est le premier ministre à soutenir ouvertement cette offensive. Khalifa Haftar a demandé à l’Assemblée constituante et à la Cour constitutionnelle de remplacer le Parlement, sans succès.

→ A (RE)LIRE: le gouvernement propose une «mise en congé» du Parlement

Demande d'un « conseil présidentiel civil »

Mercredi soir, dans une déclaration télévisée, il a donc demandé au Conseil supérieur de la magistrature de former un « conseil présidentiel civil ». Ce conseil dirigerait le pays en attendant la tenue d’élections législatives prévues le 25 juin.

Cela correspond aux demandes qu’il avait déjà faites en février lors de déclarations qui avaient à l’époque étaient considérées par beaucoup comme une tentative de coup d’Etat ratée.

De son côté, le Premier ministre, élu début mai lors d’un vote controversé, a appelé au dialogue et aux négociations. Son gouvernement n’a toujours pas été formé. Il a dit souhaiter que celui-ci soit ouvert à tous les groupes politiques.

→ A (RE)LIRE : « Ce que fait Khalifa Haftar s’apparente à un coup d’Etat »

Les trois chefs d'état-major rejoignent Haftar

Tôt mercredi matin, des tirs et des fusillades ont résonné à Tripoli. L'agitation a gagné deux camps militaires, l'un dans le quartier de Salaheddine, et l'autre à l'est de la capitale dans le quartier de Tadjoura. Ces tirs, qui auraient fait au moins deux morts, sont survenus alors qu'une grande partie de l'état-major a rallié la force paramilitaire du général Haftar, cet officier en retraite qui a lancé de sa propre initiative une opération contre les groupes islamistes radicaux.

Les chefs d'état-major de l'armée de terre, de l'armée de l'air et de la marine ont rejoint le général Haftar selon des communiqués qu'ils ont fait diffuser à la radio. Des ralliements qui ne sont pas du goût de tous. Le chef d'état-major de la marine a ainsi échappé de peu à la mort lorsque des hommes armés ont bloqué son convoi avant d'ouvrir le feu. Le contre-amiral Hassan Abou Chnak a été légèrement blessé à la tête. Au total, hormis le chef d'état-major général, toute la hierarchie militaire supporte désormais le général boutefeu qui a décidé d'éradiquer les milices islamiques à Benghazi.

Pour certains analystes, c'est donc une recomposition du paysage militaire auquel les Libyens assistent actuellement. Face au pouvoir et la puissance des milices qui sont pour certaines enregistrées auprès de l'état-major, les forces régulières sont faibles, disséminées et parfois même divisées. Le pari du général Haftar semble être d'unifier les brigades régulières et d'incorporer les groupes armés qui n'ont pas basculé dans le camp des radicaux. Un pari qui n'est pas gagné. Vu les tirs d'hier matin à Tripoli, il existe des résistances au sein des casernes de Tripoli.

→ A (RE)LIRE: «Même Khadafi n'avait pas osé nous bombarder»