Mali: «L’urgence est de faire appliquer le cessez-le-feu» à Kidal

Le Premier ministre Moussa Mara passe en revue les troupes de l'armée malienne à Kidal, le 17 mai 2014.
© AFP PHOTO / FABIEN OFFNER

La tension semblait étre retombée, depuis les violences de samedi 17 mai à Kidal, dans le nord-est du Mali. Mais les combats ont repris mercredi, et l'armée malienne a été mise en déroute. Partisan du dialogue, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Djibril Bassolé, a été le médiateur de la Cédéao entre Bamako et les rebelles du Nord Mali. Il est l'invité de RFI.

RFI : Avec la prise de Kidal par les groupes armés n’est-on pas en train de revenir deux années en arrière ?

Djbibrill Bassolé : Oui, déjà avec l’incident tragique du 17, nous avions déploré une violation gravissime de l’accord du 17 juin de Ouagadougou. Et maintenant, avec la prise de Kidal qui a supposé donc un affrontement direct entre les forces armées maliennes et les groupes armés, évidemment l’accord du 18 juin 2013, dans sa partie cessation des hostilités et cessez-le-feu, est mis à mal. Mais un incident, aussi tragique soit-il, ne doit pas compromettre définitivement nos efforts et nos espoirs d’aller à une paix durable.

Jusqu’au 17 mai dernier, il y avait, malgré tout, des efforts de part et d’autre pour se parler. Les groupes armés s’étaient réunis à Kidal, précisément, pour mettre au point une plateforme commune. Bamako était en contact avec ses groupes. Qu’est-ce qui a fait déraper tout cela ?

C’est vrai, il faut saluer les efforts qui ont été faits, en particulier celui qui a consisté à définir les modalités pratiques de mise en œuvre du cantonnement. Les parties signataires de l’accord de Ouagadougou ont défini, avec les forces impartiales, avec la Minusma, les modalités de ce cantonnement. Et cela, pour nous, c'était une avancée significative. Malheureusement, la visite gouvernementale a tourné court, a provoqué je pense des ressentiments. C’est allé jusqu’à un accrochage violent. Et j’ai l’impression qu’on n’arrive pas à en sortir. Nous en profitons en tout cas, nous, en tant que pays voisin et en tant que médiateur de la Cédéao, nous en appelons à toutes les parties signataires de l’accord de Ouagadougou, à vraiment renoncer à l’usage des armes et que très rapidement toutes les initiatives en cours soient prises en compte par les parties.

Voulez-vous dire que la visite du Premier ministre samedi dernier était peut-être précipitée ?

Je n’oserai pas la qualifier parce que, de toutes façons, l’accord de Ouagadougou prévoyait bien un redéploiement de l’administration d’Etat du Mali sur toute l’étendue du territoire, y compris à Kidal. Maintenant, il fallait certainement créer d’avantage de confiance, faire en sorte que la normalisation soit un processus auquel finalement tout le monde adhère.

Il aurait peut-être fallu mieux préparer cette visite ?

Il aurait fallu, en tout cas, que toutes les parties soient en confiance, que le dialogue soit amorcé et qu’une visite gouvernementale apparaisse comme tout à fait régulière et normale aux yeux de tous.

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Mais ce que dit le Premier ministre Moussa Mara, c’est que Kidal fait partie du territoire malien et qu’il est tout à fait en droit de se rendre à Kidal ?

C’est vrai. Non seulement Kidal fait partie du territoire, mais l’accord de Ouagadougou prévoit bien que l’administration du Mali se déploie normalement sur toute l’étendue du territoire. Mais voyez-vous, c’est un processus de normalisation que nous avons entrepris. Il y a eu des gestes de bonne volonté, nous avons pu organiser les élections présidentielle et législatives, ce qui était un atout considérable. Maintenant, par rapport au fonctionnement régulier des structures administratives, certainement que nous avions besoin de préparer les esprits, de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’incident regrettable. Parce que l’incident du 17 mai, malheureusement, a mis à mal la confiance. Et aujourd’hui il y a une escalade de la violence qui nous fait effectivement reculer, comme vous l’avez indiqué.

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Est-ce qu’il n’y a pas, aux côtés du MNLA, des combattants jihadistes d’Aqmi, comme le dit Bamako aujourd’hui ?

Je ne saurais le dire. Mais en règle générale lorsque la situation de violence généralisée se produit, évidemment les complicités se nouent dans tous les sens.

N’est-ce pas cela le principal danger aujourd’hui? Que les jihadistes profitent de cette percée du MNLA pour s’engouffrer dans la brèche ?

C’est clair ! Et c’est ce que nous avions déploré d’ailleurs, au lancement de la rébellion en 2012. Aujourd’hui le même phénomène peut se reproduire.

Beaucoup de gens aujourd’hui à Bamako sont choqués par l’inaction des casques bleus de la Minusma, qui ne sont pas intervenus lors des combats entre l’armée malienne et le MNLA hier à Kidal...

Oui, je peux comprendre que, dans un état de choc, on puisse porter ce genre d’appréciation. Mais de ce que je sais, les forces des Nations unies qui sont déployées ont des protocoles d’engagement qui sont assez strictes et qui peuvent effectivement ne pas correspondre aux besoins de réaction immédiate. Pour ma part, je crois que nous avons aujourd’hui besoin - le Mali, la sous-région, la Cédéao, la communauté internationale - de faire plutôt bloc. Il y a eu une formidable mobilisation de la communauté internationale au chevet du Mali. C’est un atout considérable que nous devons préserver, parce que le plus difficile, à mon avis, reste encore à venir.

C'est-à-dire que, pour vous, l’urgence est un cessez-le-feu ?

L’urgence, c’est de faire appliquer le cessez-le-feu et de faire mettre en œuvre les dispositions pertinentes du cantonnement.

Les dispositions prévues par l’accord de Ouagadougou de juin dernier ?

Prévues par l’accord de Ouagadougou. Et on arriverait à un dialogue inclusif comme c’est prévu. Lequel dialogue prévoiera à ce moment un programme DDR [Désarmement, Démobilisation et Réinsertion, ndlr] qui pourra complètement désarmer les mouvements signataires de l’accord.

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