Des opposants accusés de mener une «campagne de terreur» au Niger

Manifestation de lycéens et d'étudiants pour exiger de meilleures conditions d'études à Niamey, le 30 avril 2014.
© AFP/BOUREIMA HAMA

Une quarantaine d'opposants, tous proches du président de l'Assemblée nationale Hama Amadou et de son parti Lumana ont été arrêtés ces derniers jours, ainsi que 72 étudiants. Le ministre de l'Intérieur dénonce la «campagne de terreur» qu'essaient d'instaurer dans le pays les partisans d'Hama Amadou qui fait figure de principal adversaire au pouvoir, avec en toile de fonds l'élection présidentielle de 2016. 

Le ministre de l'Intérieur Hassoumi Massaoudou est sorti de sa réserve après les récentes manifestations des étudiants et les arrestations qui ont suivi. Dans un point de presse Hassoumi Massaoudou a vivement condamné les étudiants et l'opposition qui, selon lui, a planifié et exécuté des campagnes de « terreur » dans la ville de Niamey dans le seul but de créer un pourrissement de la situation politique au Niger.

Et le ministre n'est pas allé par quatre chemins pour dénoncer l’accointance entre le secrétaire général des étudiants et le parti Lumana. Il affirme que l’Etat ne reculera pas devant des hors-la-loi : « Et nous avons donc interpellé 72 étudiants qui sont aujourd’hui en train d’être déférés à la justice. Certains ont été inculpés et ils sont à la prison civile ».

Même fermeté parlant de l’opposition. Selon Hassoumi Massaoudou, la campagne de terreur planifiée par le parti Lumana de Hama Amadou a échoué : « Globalement, la campagne de terreur n’a pas marché, a été un fiasco, elle a échoué lamentablement ! Et aujourd’hui... nous avons une quarantaine de personnes interpellées ».

Concernant l’arrestation du fils du président de l’Assemblée nationale, Ismaël Hama Amadou, le ministre de l’Intérieur s’insurge contre la version donnée par le chef de file de l’opposition : «… il y a eu des gens qui ont tenté de marcher, ils avaient des gourdins, la police leur a intimé l’ordre d’évacuer les lieux. Lui [le fils de Hama], il a refusé ! Ils l’ont pris immédiatement, ils l’ont envoyé comme n’importe quel badaud. Mais en quoi ça nous intéresse ? »

L'opposition nigérienne qui a appelé à manifester aujourd'hui contre le régime, mobilisation d'ores et déjà interdite par les autorités, proteste.

« Nous sommes des démocrates sincères »

Pour le Moden Fa Lumana, les accusations du pouvoir sont fallacieuses et ses militants sont de facto des prisonniers politiques. Ali Gazagaza est le secrétaire général du bureau politique du Moden Fa Lumana. S'il fait confiance à la justice nigérienne pour faire toute la lumière sur cette affaire qu'il affirme monter de toute pièce, il accuse les autorités de tout faire pour se débarasser de Hama Amadou. « … ça rentre dans un plan pour débarquer le président Hama Amadou et le traiter comme tel, afin qu’il ne puisse pas être candidat aux élections présidentielles 2016, explique Ali Gazagaza.

Vous avez constaté que nous avons en face de nous un régime qui est aux abois. Le régime actuel est en train de distraire le peuple. Distraire le peuple pour marquer leur échec et les différents scandales financiers qui sont dans les pipelines de l’Assemblée nationale.

Ils ne veulent pas que le peuple sache, le Modem FA Lumana et l’opposition actuelle dans son intégralité n’est pas comme eux. Nous, nous sommes des démocrates sincères. Nous n’avons pas à passer par des voies autres que la voie des urnes, pour parvenir au pouvoir. Nous l’avons prouvé depuis que nous avons quitté la mouvance. Et l’opinion nationale est témoin : l’opposition n’a causé jusqu’à preuve du contraire, aucun acte allant dans le sens de déstabiliser le régime.

Au contraire ! C’est le régime même qui s’est entouré de brebis galeuses ! Des gens qui sont habitués à faire le sale boulot, qui ne se retrouvent que dans un climat de trouble ! ».