Mines d’uranium: accord entre le Niger et Areva

Le site d'exploitation d'uranium de Tamgak à Arlit (Niger), exploité par Areva, en septembre 2013.
© Reuters/Joe Penney

Le groupe nucléaire français Areva, troisième producteur mondial d'uranium en 2013, vient de signer avec les autorités nigériennes un nouvel accord sur les conditions d’exploitation de gisement d’uranium dans le nord du pays. Ce contrat est l’aboutissement de plusieurs mois de négociations.

Après plusieurs mois d’intenses négociations, l’accord de partenariat stratégique entre l’Etat du Niger et Areva vient d’être signé ce lundi en début d’après-midi. La cérémonie a eu lieu dans les locaux du ministère des Mines, entre le ministre Omar Hamidou Tchiana et Luc Oursel, le président du directoire d’Areva. C’est une ambiance de fête qui régnait alors dans la salle de ce ministère.

A Niamey, Luc Oursel, président du directoire d’Areva s’est félicité de cet accord.

C’est un bon accord qui a été trouvé et la méthode qui est proposée, en particulier pour travailler dans le gisement d’Imouraren, c’est une méthode de partenariat, de dialogue et de compréhension partagée de la situation.
Luc Oursel
26-05-2014 - Par Moussa Kaka

Areva a plié sur la principale revendication, le Niger a reculé sur d'autres points

Areva a dû plier sur la principale exigence du président Issoufou. Celui-ci exigeait qu'Areva, à travers les sociétés Somaïr et la Cominak, soit soumis au code minier de 2006 et plus à celui de 1993. C'est chose faite. Dorénavant, Areva bénéficiera de moins d'exemptions de taxes et les redevances dont l'entreprise française s'acquittera sur sa production d'uranium pourront atteindre 12% au lieu de 5,5% précédemment.

Mais sur d'autres points, c'est le Niger qui recule. D'abord sur la mine d'Imouraren. Le troisième gisement d'Areva aurait dû être exploité dès 2015 avec trois ans de retard sur les projets initiaux. Finalement, l'exploitation d'Imouraren est remise sine die, dans l'attente d'une remontée des cours de l'uranium sur les marchés mondiaux. Ce qui selon la société civile nigérienne pose la question des emplois déjà créés sur place et de l'exactitude des prévisions budgétaires gouvernementales

L'accord stipule aussi que la compagnie française versera 90 millions d'euros pour la rénovation des 650 kilomètres de la route dite de l'uranium, entre Tahoua et Arlit, au nord du pays. Ce qui est loin de la prise en charge totale que souhaitait à l'origine le gouvernement nigérien.

Plusieurs mois de négociations tendues

Les relations semblaient au beau fixe à la signature. Mais l'accord fait suite à plusieurs mois de négociations tendues, où le Niger et Areva ne se sont pas vraiment fait de cadeaux. Niamey a notamment lancé un audit sur les sociétés minières gérées par le groupe français. L'Etat s'est aussi publiquement plaint d'un partenariat très déséquilibré, s'indignant que l'uranium représente seulement 5% de ses revenus annuels.

Société civile nigérienne et organisations internationales ont mis la pression. Des manifestations hostiles à Areva ont fleuri. Même la France, actionnaire principal de l'entreprise, est sortie du bois lorsque le ministre du Développement Pascal Canfin, a jugé légitimes les demandes du Niger.

Mais Areva n'est pas resté sans réagir. La société aurait menacé de mettre 5 300 personnes au chômage en fermant ses sociétés Cominac et Somaïr. Information démentie en décembre.

Le 1er janvier, alors que les contrats avec le Niger venaient d'expirer sans nouvel accord, l'entreprise a pourtant mis toute sa production à l'arrêt pendant un mois, officiellement pour maintenance.

Areva a même exercé une pression indirecte, lorsqu'en octobre, quelques heures après un déplacement à Niamey, Luc Oursel a signé des contrats d'exploitation avec la Mongolie. Alors si le PDG d'Areva et ses partenaires nigériens étaient tout sourire au moment de la signature, rien ne dit que la confiance est totalement revenue.

A (RE)LIRE : Accord en vue avec Areva au Niger


• De la méfiance parmi certaines réactions

Ali Idrissa, coordonnateur national du ROTAB, le Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire, se dit méfiant et demande au Niger de publier, comme le veut la Constitution, l'intégralité du contrat signé avec Areva. Il déplore en tout cas la décision concernant le gisement d'Imouraren : les deux parties ont estimé que l'exploitation dépendra de l'évolution du marché.

C'est carrément un échec...
Ali Idrissa
27-05-2014 - Par Sébastien Nemeth

Pour sa part, Anne-Sophie Simpère, chargée de plaidoyer à Oxfam France, a suivi le dossier de bout en bout. Elle accueille ce compromis avec méfiance.

On est assez inquiets des concessions qui ont pu être faites...
Anne-Sophie Simpere
27-05-2014 - Par Sébastien Nemeth