L'accord entre l'Etat du Niger et Areva «est tout à fait équilibré»

La Somaïr [Société des mines de l’Aïr], filiale d'Areva, à Arlit, dans le nord du Niger.
© RFI / Sonia Rolley

C’est le résultat de plusieurs longs mois de négociations. Le Niger, quatrième producteur d’uranium au monde, et Areva sont parvenus à s’entendre pour un contrat sur l’exploitation de deux sites dans le nord du pays. Du côté du géant du nucléaire français comme du gouvernement à Niamey, on insiste sur le caractère équilibré de cette entente. Entretien avec Olivier Wantz, directeur de l’activité minière chez Areva.

RFI : Est-ce que cet accord va changer le rapport de force entre votre société et le Niger ?

Olivier Wantz : Oui, effectivement, c’est un accord qui est tout à fait équilibré. Donc, je ne raisonne pas en termes de rapport de force. Nous sommes partenaires au Niger depuis plus de quarante ans. Nous y avons établi des relations de longue date, des relations d’investisseur avant tout avec l’Etat du Niger, et nous faisons en sorte que ces activités minières fonctionnent le mieux du monde, soient garanties d’une certaine pérennité dans un marché qui est très difficile, je vous le rappelle. Le marché de l’uranium - vous l'avez entendu depuis de nombreux mois et ça a été rappelé lundi par les différents partenaires qui sont intervenus, Etat du Niger/Areva , et tous ceux qui ont pu commenter cette actualité -, le marché de l’uranium est difficile. Et c'est dans le cadre de ce marché difficile que la discussion a eu lieu. Et je me réjouis effectivement que nous ayons abouti à cet accord qui est équilibré et qui assure cette durabilité d’activité au Niger.

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C'est un marché difficile, mais pas seulement puisqu’on avait vu tout de même, et nous le suivons sur RFI, des mouvements de protestation de la société civile qui s’était notamment inquiétée d’un certain déséquilibre dans la répartition des ressources du pays...

Il y a eu beaucoup de manifestations au Niger qui n’ont rien à voir avec le sujet que vous évoquez aujourd’hui. Il y a eu encore récemment des manifestations estudiantines relatives à des prises en charge de bourses étudiantes et autres. On ne peut pas faire d’amalgame sur tous les sujets. C’est vrai qu’il y a eu l’expression d’une certaine inquiétude sur le côté gagnant-gagnant et sur l’équilibre de cet accord. La meilleure démonstration que nous y sommes parvenus, ce sont les déclarations communes qui ont été faites hier à Niamey. Le ministre des Mines et du Développement industriel Omar Hamidou Tchiana et le président du directoire Luc Oursel, ensemble à la table effectivement de cette conférence de presse, déclarant leur joie d’avoir réussi à aboutir sur cet accord, qui est équilibré et je crois répond au mieux aux soucis que vous avez rappelés et qui ont été exprimés au fil des derniers mois.

Ces soucis sur la répartition des richesses, ce sont davantage de fonds qui reviendront au Niger puisque la loi minière va faire augmenter la redevance, combien cela va-t-il coûter à Areva ?

C’est un sujet sur lequel je ne peux pas répondre aujourd’hui. Ce qui est certain, c’est qu’il y avait une discussion de fond dans le cadre d’un marché extrêmement difficile. Comment faire en sorte que ces demandes légitimes de l’Etat du Niger d’appliquer la loi, dite loi 2006, qui impose quelques conditions fiscales et douanières complémentaires aux activités minières, comment pouvait-elle être supportées par les sociétés minières qui vont effectivement devoir la prendre en compte ? On fera en sorte que les choses se passent au mieux. Ça a été notamment rendu possible par les discussions sur les prix d’achat des matières qui intègrent ces nouvelles dispositions fiscales et douanières, mais également sur les économies qui doivent être faites dans un contexte de marché difficile. Ça n’est pas la particularité des deux sociétés Somaïr [Société des mines de l’Aïr] et la Cominak [Compagnie minière d’Akouta]. Si vous regardez le monde des mines et l’ensemble des compétiteurs qui sont actifs dans ce domaine, pas simplement dans l’uranium d’ailleurs, dans les matières premières en général, vous verrez que les sociétés minières font de sérieuses économies pour arriver à subsister et survivre dans un marché de matières premières qui est extrêmement difficile.

Est-ce que ce sont précisément ces difficultés qui vous ont poussé en quelque sorte à remettre à plus tard le grand projet pour le gisement d’Imouraren ?

Tout à fait. Nous sommes convaincus, nous Areva avec l’Etat du Niger, comme d’ailleurs cela a été rappelé encore une fois hier, qu’il serait peu sage de mettre des quantités supplémentaires d’uranium sur le marché en mettant en production le grand gisement d’Imouraren aussitôt que cela avait été originellement prévu. Cela aurait pour conséquence de noyer un peu plus le marché par des quantités non utiles. Ça aurait un impact évidemment négatif sur le prix de l’uranium, pas complémentaire, et cela impacterait les mines de Somaïr et Cominak aussi. Et ça, c’est presque le mieux du pire, puisqu’il serait également possible que ces quantités mises sur le marché ne trouvent pas preneur. Ce qui serait encore beaucoup plus grave, puisque la société du gisement Imouraren produirait alors totalement à perte puisqu’elle ne pourrait pas écouler ses quantités. Donc, c’est cette réflexion que nous avons menée et qui a abouti à la conclusion de reporter la mise en production de ce gisement. Et nous avons, pour travailler sur ce sujet, décidé la création d’un comité paritaire entre l’Etat du Niger et Areva qui va étudier, discuter des conditions de marché, les étudier au fil de l’eau pour discuter et décider du meilleur moment venu pour mettre en production le gisement qui reste un actif extrêmement important pour Areva. Nous avons investi des sommes considérables, nous avons terminé très récemment la piste d’aérodrome qui permet de rejoindre ce site dans des conditions beaucoup plus aisées, beaucoup plus faciles. Et évidemment, ce gisement est important pour nous et nous allons le mettre en production, mais à un moment où le marché pourra l’absorber au mieux.