Le Cameroun déploie des renforts à sa frontière avec le Nigeria

Des militaires nigérians se préparent à une patrouille nocturne dans la forêt de Sambisa, en partie contrôlée par Boko Haram (avril 2014).
© Ben Shemang / RFI

Trois mille soldats sont en cours de déploiement dans l'extrême-nord camerounais. Cette zone est parfois considérée comme une base arrière du groupe islamiste Boko Haram. Ce groupe jihadiste est toujours très actif. Lundi 26 mai encore, une nouvelle attaque contre les forces de sécurité nigérianes a fait au moins vingt-cinq morts.

Apparemment, les lignes sont en train de bouger et les conséquences concrètes du sommet de l'Elysée, en France, il y a dix jours, se font désormais visibles sur le terrain. Plusieurs centaines d'hommes, avec du matériel lourd, sont en train de se déployer dans l'extrême-nord du Cameroun.

Pour le ministre camerounais de la Défense, Edgar Alain Mébé Ngo’o, « cette zone ne constitue certainement pas une base arrière de Boko Haram », même s'il reconnaît qu'il peut y avoir ponctuellement « des infiltrations » dues à des affinités sociologiques et à des frontières poreuses.

Par conséquent, si le Cameroun ne déploie pas ses troupes pour combattre Boko Haram sur son sol, on peut imaginer que ces soldats sont là pour faire barrage ou encore pour intercepter des éléments de Boko Haram qui seraient tentés de se réfugier en territoire camerounais.

Le Cameroun a élaboré sa stratégie de concert avec tous les partenaires...
Issa Tchiroma Bakary
28-05-2014 - Par Pierre Pinto

Cela présage-t-il une opération militaire contre Boko Haram, côté nigérian ?

On peut le penser, car pour le gouvernement camerounais, le respect des frontières est un principe intangible. En effet, il n’est pas question de laisser des soldats nigérians poursuivre éventuellement des éléments de Boko Haram au Cameroun et de même qu’inversement, il n’est pas question non plus, pour des soldats camerounais, de passer de l'autre côté.

Par ailleurs, à Yaoundé, on parle bien du principe de simultanéité des opérations, discuté à Paris, il y a dix jours.

Lundi, le chef d'état-major nigérian, Alex Badeh , a assuré que le recours à la force n'était pas envisagé pour libérer les lycéennes de Chibok, tout en assurant les avoir localisées. Le gouvernement nigérian veut-il privilégier la négociation avec Boko Haram ? Difficile à dire.

Boko Haram ne baisse pas les armes

Une chose est certaine : Boko Haram, de son côté, ne baisse pas les armes. Lundi soir, le groupe armé a mené une opération contre les forces de l'ordre à Buni Yadi, dans l'Etat de Yobe, dans l’extrême nord du Nigeria. Selon un bilan donné par l'agence Reuters, l'attaque a fait au moins 31 morts parmi lesquels 17 militaires et 14 policiers. Les insurgés auraient brûlé la caserne de police, la base militaire, le tribunal et la maison du chef de district.

C’est également à Buni Yadi que Boko Haram, fidèle à ses méthodes désormais bien connues, avait attaqué en février dernier une résidence universitaire à l'explosif, tuant au moins quarante personnes.