Algérie: une vague de migrants au nord suscite de vives réactions

Une femme nigérienne porte une bassine d'eau dans un camp de réfugiés à Bourafik, au nord de l'Algérie.
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En Algérie, les migrants venus du continent qui s’installaient traditionnellement dans les grandes villes du pays sont désormais de plus en plus nombreux à se rendre dans les métropoles du nord du pays. La présence de ces hommes et femmes étrangers suscite une vague de réaction dans la presse algérienne, des réactions souvent racistes.  

Ces migrants sont principalement de ressortissants du Niger qui sont venus dans les grandes villes du nord, surtout Alger et Oran. La presse réagit  car désormais les Algériens les croisent dans les centres-villes. Or jusqu’à présent la plupart d'entre eux, venus en Algérie sans visa, vivaient en bordure des villes pour éviter les contrôles de papiers.

A Alger, en bordure de la ville, des Nigériens se sont installés dans des tentes. Ces migrants viennent de Zinder au Niger et expliquent qu’ils ont payé 700 000 franc CFA (1 100 euros) à des passeurs, qui leur ont fait traverser le désert en deux jours. Et si les migrants du Niger font aussi la Une de la presse c’est parce qu’il est arrivé que la traversée de la frontière tourne au drame. Début mai, des dizaines de personnes ont disparu dans le désert. D’autres ont été retrouvées mortes après avoir été abandonnées par des passeurs.

Les migrants en Algérie plus nombreux qu’avant ?

Il est impossible de quantifier le nombre de migrants irréguliers sur le sol algérien. Mais les associations expliquent qu’aujourd’hui l’Algérie est le seul pays de la région qui offre une certaine stabilité géopolitique et de bonnes opportunités de travail informel. Avant, le plus grand marché de travail, c’était la Libye. Il existe aujourd’hui des camps voire des quartiers de migrants sub-sahariens dans les villes du sud du pays comme Tamanrasset, Ouargla, Ghardaia où il y a beaucoup de chantiers et où les migrants peuvent trouver du travail.

L’Algérie est aussi le dernier couloir vers l’Europe. Le chemin le plus commun pour ceux qui veulent passer de l’autre côté de la Méditerranée consiste à arriver par le désert, à traverser l’Algérie jusqu’au nord, franchir la frontière marocaine puis gagner l'Espagne. Mais face au durcissement des politiques migratoires européennes, de plus en plus de migrants s’installent en Algérie. L’Algérie est donc un pays qui accueille ce que l’on appelle des flux migratoires mixtes.

La presse algérienne incisive

La presse algérienne a eu des réactions racistes et évoquait une « invasion » de migrants pouvant provoquer des pics d’épidémie. En réaction, le représentant officiel de l’Onusida à Alger a dénoncé des articles « scandaleux et discriminatoires ». Si la population reste très méfiante, les autorités ont multiplié les déclarations pour assurer que les migrants présents sur le sol algérien étaient bien pris en charge. La police a également communiqué pour assurer que les forces de l’ordre n’avaient aucun comportement abusif.

Mais le principal problème est législatif : un migrant présent sur le territoire sans autorisation n’a aucun droit : ni à la santé, ni au travail. L’autre problème est que l’Algérie n’a pas de loi d’asile pour ceux qui fuient la persécution. Il n’y a donc que le HCR, organisme de l’ONU, qui peut attribuer le statut de réfugié. Dans le pays, seules 135 personnes ont le statut de réfugié. Parallèlement, les autorités ont créé des statuts spéciaux pour les Syriens et les Maliens. Avec le contexte géopolitique du continent aujourd’hui, il semble que la politique algérienne s’assouplisse. Et un avant-projet de loi sur la migration a été présenté aux associations en 2012.