Uranium: le Niger n’a «rien à cacher» sur l’accord avec Areva

Le site d'Arlit, au Niger.
© AFP/Pierre Verdy

Huit jours après la signature d’un accord entre le Niger et le groupe nucléaire français Areva sur l'exploitation de l'uranium dans le nord du Niger, Omar Hamidou Tchiana, ministre nigérien des Mines et du Développement industriel, révèle à RFI les coulisses et les résultats de cet accord historique. Il espère obtenir 25 à 30 % de recettes fiscales supplémentaires.

Entre le groupe Areva et le Niger, le principal point de blocage était cette taxe à 5,5 % que vous vouliez faire passer à 12 %. Areva bloquait. Comment avez-vous réussi à trouver un accord ?

Omar Hamidou Tchiana : En vérité, c’est la loi de 2006 qui dit que, en fonction du rapport du résultat d’exploitation sur le chiffre d’affaires, le taux de la redevance minière pouvait passer de 5,5 à 9 ou à 12 %. C’était donc cela notre point de discorde, mais, Dieu merci, nous sommes arrivés à le surmonter et maintenant, c’est la loi de 2006 qui s’applique à l’exploitation minière au Niger.

Oui, mais Areva est allé loin dans le bras de fer puisque le groupe français a menacé de fermer l’un de ses deux sites d’uranium existant - celui de la Cominak, près d’Arlit -, et cela dans les trois ans qui viennent. Comment avez-vous répondu à cette menace ?

Vous savez, une mine, par essence, est amenée à fermer un jour ou l’autre, dès qu’il y aura épuisement du gisement. Mais tant qu’il y aura le gisement, Cominak continuera son exploitation.

Voulez-vous dire qu’Areva a un petit peu fait du bluff ?

Ecoutez… Je ne veux pas rentrer dans cette polémique, tout ce que je peux dire, c’est que les sociétés ont été arrêtées pendant un mois, comme c’est l’habitude pour la maintenance.

Justement, quand Areva a mis ces deux sites miniers à l’arrêt, le 1er janvier dernier, a-t-on frôlé la rupture ?

Non pas du tout. Vous savez, nous sommes des vieux partenaires. La sagesse a donc prévalu des deux côtés.

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Quand Areva a dramatisé l’enjeu, n’avez-vous alors pas dû, vous-même, le dramatiser à votre tour, en disant aux Français que, peut-être, la coopération politique et militaire pourrait en souffrir ?

Non. Je pense que ce sont deux registres qu’il ne faut pas mêler. L’intérêt de ce partenariat, c’est qu’il permet d’assurer à Areva un approvisionnement constant en ressources naturelles, tout comme il permet à notre industrie de rester à un certain niveau, surtout en ce qui concerne le domaine minier.

Au terme de l’accord du 26 mai, Areva accepte finalement de payer ces fameux 12 % de la valeur des ressources extraites...

Encore une fois, ce n’est pas que les sociétés minières vont passer de 5,5 % à 12 %, c’est 5,5 % ou 9 % ou 12 %.

Et en pratique, le groupe Areva va-t-il payer 5,5 %, 9 % ou 12 % ?

Cela dépendra du résultat de chaque société, puisque cela dépend du ratio entre le résultat d’exploitation et le chiffre d’affaires.

Donc, les deux filiales que sont la Somaïr et la Cominak ne payeront pas nécessairement le même taux ?

Tout à fait, puisque le rapport entre le résultat d’exploitation et le chiffre d’affaires est ce qui déterminera exactement [le taux, à savoir: ] Est-ce que c’est 5,5 %, 9 % ou 12 %. Mais notre souhait c’est que, bien sûr, ce soit assez rentable pour payer chacune d’entre elles à 12 %.

Concrètement, combien payait le groupe jusqu’à présent ? Et combien va-t-il payer désormais sur une année fiscale ?

Nous pensons que la Somaïr, qui est rentable, payera un peu plus de 15 milliards.

La Somaïr payera 15 milliards de plus… Et la Cominak ?

La Cominak, nous pensons que cela va tourner entre 5 à 7 milliards de plus.

Donc vous espérez entre 20 et 22 milliards de Francs CFA de recette supplémentaires sur une année fiscale ?

Dû à l’application de la loi 2006, en effet.

Et ça représente une augmentation des recettes fiscales de combien de pour cent environ ?

Nous pensons que cela va représenter environ 25 à 30 % de recettes supplémentaires.

Toujours sur le plan financier, le groupe nucléaire français s’engage à verser quelque 60 milliards de Francs CFA pour la rénovation des 650 kilomètres de la route dite « de l’uranium », entre Tawa et Arlit, mais on est loin de la prise en charge totale de cette route, est-ce que ce n’est pas un demi-échec ?

Non, je ne pense pas. Je pense que c’est la première fois qu’un gouvernement arrive à obtenir d’Areva un montant aussi important dans le domaine des infrastructures. Ce dont nous avons convenu avec Areva, c’est qu’en complément, nous initions des efforts afin de trouver un intéressement complémentaire, qui sera remboursé par une redevance qui sera payée par les utilisateurs miniers et industriels de la route.

L’autre point important de l’accord est l’avenir du site géant d’Imouraren. Le groupe français s’était engagé à le mettre en exploitation en 2012, puis en 2015, or, aujourd’hui, cette exploitation est remise sine die. N’est-ce pas une reculade de votre part ?

Non, pas du tout. En injectant d’autres kilogrammes d’uranium sur un marché qui est déjà déprimé, on ne fera que le déprimer davantage, ce qui veut dire qu’au lieu de vendre 5000 tonnes à 55 ou 60 dollars, nous allons vendre 10 000 tonnes à 20 ou 25 dollars. Donc, le calcul est vite fait.

Si vous ouvrez Imouraren tout de suite, vous feriez tomber les prix encore plus bas ?

C’est ce que nous pensons et, d’ailleurs, ce n’est pas reporté sine die. Nous travaillons dans le cadre d’un comité stratégique à ce que, au plus tard le 1er janvier 2017, nous reprenions les investissements sur Imouraren.

Pour une première extraction de l’uranium à partir de quelle année ?

Nous pensons vers 2020. Mais tout cela, une fois de plus, est conditionné par le prix du marché.

Justement, après la catastrophe de Fukushima en 2011, qu’est-ce qui vous dit que les cours de l’uranium vont repartir à la hausse ?

Ils vont repartir à la hausse parce que l’électricité nucléaire est l’électricité la moins chère du monde.

Que vont devenir les centaines d’emplois qui ont déjà été créés sur le site d’Imouraren ?

Nous sommes en discussion avec notre partenaire pour voir quels sont les règlements nécessaires, mais nous pensons qu’il ne devrait pas y avoir trop de conséquences sociales.

Mais il y aura du chômage technique, nécessairement ?

Probablement.

La société civile, les syndicats… Tout le monde réclame maintenant la publication de ce fameux accord du 26 mai. Que leur répondez-vous ?

Nous allons le faire. Rien ne nous y oblige, puisque la Constitution ne parle que de convention de prospection de l’exploitation. Mais, au nom de la transparence, nous allons publier ce document. Nous n’avons rien à cacher.

Quand l’accord sera-t-il public ?

Nous pensons [qu’il le sera] dans les jours ou semaines à venir. En tout cas au cours du mois de juin.

Cet accord sera-t-il présenté aux députés, s’ils souhaitent l’examiner à l’Assemblée nationale ?

Vous savez bien que je suis un ancien parlementaire. C’est donc avec plaisir que j’irais à l’Assemblée. Les députés de la majorité ont de très belles raisons d’être fiers de leur gouvernement.