Le Kenya, cible privilégiée des shebabs somaliens

Des habitants de Mpeketoni observent les dégâts provoqués au lednemain de l'attaque des shebabs, le 16 juin 2014.
© REUTERS/Joseph Okanga

Une attaque terroriste contre une localité côtière du Kenya, à une trentaine de km de l'archipel de Lamu a fait près de cinquante morts. Les shebabs ont revendiqué l'attaque, qu’ils considèrent comme une vengeance contre l'intervention militaire kenyane en Somalie. Au Kenya, les critiques montent vis-à-vis de l’impuissance des autorités.

Le commando terroriste, bien armé, était organisé. Il s'est déployé dans la ville sans hésiter, et selon des témoins, possédait des moyens de communication radio. Des observateurs estiment qu'ils ont dû bénéficier de complicités locales pour connaître les lieux. Avec l’attaque du centre commercial du Westgate, à Nairobi, en septembre 2013, le mode opératoire des shebabs était monté d'un cran. Quatre hommes armés munis de grenades et d'AK47.

Cette fois, les assaillants, dont le nombre est toujours indéterminé - entre 10 et 50 selon les témoins -, sont parvenus à tenir cinq heures dans la ville côtière, située à une trentaine de km d'un des bijoux touristiques du Kenya l'archipel de Lamu. Les hommes ont été tués, les femmes épargnées. Les personnes incapables de réciter la shahada, profession de foi de l'Islam ont été abattues. Ils ont fait face à une résistance quasi nulle, la police a été neutralisée immédiatement et les renforts ont mis plusieurs heures avant d'arriver.

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Depuis l'attaque du Westgate, il s’agit donc de l'attaque la plus meurtrière perpétrée par les shebabs en territoire kényan. Les shebabs ont fait du Kenya leur adversaire numéro un. Tant que Nairobi continuera d'intervenir en Somalie, « la paix et la sécurité au Kenya ne seront qu'un lointain mirage », affirment-ils dans leur communiqué revendiquant la sanglante opération de Mpeketoni.

Une opération qu'ils justifient par ailleurs par la répression brutale que mèneraient selon eux les autorités contre les musulmans kényans. Une façon de clamer haut et fort qu'ils se réservent eux aussi le droit d'intervenir chez le voisin. Depuis l'an dernier, il est évident que le Kenya est désormais le terrain privilégié des islamistes radicaux somaliens.

Semer les germes de la division

En s'en prenant à un village majoritairement chrétien dans une région à forte présence musulmane, les shebabs cherchent à déstabiliser la bande côtière kényane et à y semer les germes de la division. Une stratégie qui semble aussi portée par le fait qu'en Somalie les shebabs sont de plus en plus confinés dans les campagnes du Sud, ayant perdu les villes qu'ils occupaient. Selon un diplomate en poste à Mogadiscio, ils recruteraient désormais dans les camps de réfugiés somaliens en territoire kenyan.

Au Kenya, les critiques s'élèvent de plus en plus contre les hauts responsables des services de sécurité, toujours à leur poste depuis l'attaque du Westgate. Les déclarations contradictoires de nombreux officiels, le fait que personne n'ait été mis en cause ou remercié, sont autant d'éléments qui inquiètent l'opinion publique, de plus en plus méfiante envers son gouvernement qui semble impuissant.

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