Soudan: la chrétienne libérée de nouveau brièvement retenue

Vue arienne de Khartoum, au Soudan.
© Getty Images/ Robert Caputo

Meriam Yahia Ibrahim Ishag a été de nouveau retenue mardi en début d'après-midi, puis libérée. Après l'annulation de sa condamnation à mort pour apostasie, le jour même, elle avait été relâchée mais les forces de sûreté nationale l'ont à nouveau retenue, avec son mari, à l'aéroport de Khartoum. Ils espéraient quitter le pays pour les Etats-Unis. Washington parle d'un simple contrôle de visas avant leur départ et réfute le terme d'arrestation.

Article mis à jour suite suite à la nouvelle libération de Meriam Yahia Ibrahim Ishag

La jeune Soudanaise de 26 ans n'a pu goûter que quelques heures de liberté avec son mari et ses deux enfants avant d'être à nouveau inquiétée. Selon ses avocats, qui l'accompagnaient à l'aéroport mardi, « alors que Meriam et son mari espéraient quitter le Soudan, ils ont été arrêtés par des membres des forces de sécurité nationale dans l'aéroport ». Ces derniers ne les ont pas autorisés à voyager, et leur documents d'identité et de voyage ont été confisqués. En fin de journée, le département d'Etat américain a néanmoins assuré que l'incident n'était pas une arrestation, et que la famille de Meriam Ibrahim espérait toujours partir pour les Etats-Unis.

L'histoire de cette jeune femme avait ému la planète. Née d'un père musulman dans l'est du Soudan, dans l'Etat de Gedaref, elle s'était mariée à un chrétien et avait été condamnée à mort en vertu de la loi islamique qui interdit les conversions. Détenue plusieurs semaines, elle avait également été condamnée à 100 coups de fouet pour « adultère », selon une interprétation soudanaise de la charia qui veut que toute union entre une musulmane et un non musulman soit considérée comme adultère. Le verdict avait créé l'émotion autour de la planète. Emotion d'autant plus forte que, douze jours plus tard, Meriam Yahia Ibrahim Ishag avait accouché d'une petite fille dans la prison pour femme d'Omdurman. Une pétition en ligne réclamant sa libération avait rassemblé environ un million de signatures.

Au terme du tollé médiatique, la cour d'appel de Khartoum l'avait finalement jugée non coupable et libérée lundi. Son mari Daniel Wani étant un citoyen américain originaire du Soudan du Sud, Washington assure que la famille sera accueillie aux Etats-Unis dans les jours qui viennent. Mais l'un des avocats défendant le couple s'est dit inquiet de l'intervention arbitraire et injustifiée de ce mardi. « La cour d'appel a déclaré Meriam innocente. Selon la cour, elle n'a commis aucun crime, rappelle-t-il. Si les forces de sécurité sont en désaccord, il leur faudra saisir la Cour suprême du Soudan. Car à présent, on ne compte plus les violations des droits dans cette affaire, du droit soudanais mais aussi international et humanitaire. »

Selon le droit soudanais, notamment le droit pénal et la loi 126 en particulier, l'apostasie est un crime, et quiconque est né de père musulman doit être considéré musulman, explique l'avocat. Mais dans le cas de Meriam, c'est complexe, précise-t-il, car son père était certes musulman mais il est décédé lorsqu'elle n'avait que 2 ans. C'est sa mère, chrétienne, qui l'a élevée.  « Enfin, la Constitution soudanaise défend la liberté religieuse », fait remarquer Me Al Sharif Ali Muhamed. La famille aurait quitté l'aéroport vers 20h mardi soir. Il semble qu'elle soit désormais sous protection directe des autorités américaines.