Libye: des législatives compliquées pour relancer un processus bloqué

Un bureau de vote en pleins préparatifs pour le scrutin législatif, mardi 24 juin 2014 dans une école de Tripoli.
© REUTERS/Ismail Zitouny

Ce sont les deuxièmes élections législatives organisées dans le pays depuis la chute de Mouammar Kadhafi. Mercredi 25 juin, les Libyens se rendent aux urnes pour désigner les 200 membres du Congrès général national, dans un contexte marqué par l’insécurité et l’instabilité politique. Un scrutin à risque, à la fois dans le sud du pays, mais aussi dans l’est, où les soldats loyaux au général dissident Khalifa Haftar affrontent régulièrement les milices islamistes d'Ansar al-Charia, malgré la trêve annoncée.

Les législatives libyennes de ce mercredi avaient été annoncées avec un préavis d'un mois seulement. Elles se tiennent finalement dans un contexte d’instabilité politique et de chaos sécuritaire. Général à la retraite, Khalifa Haftar a lancé mi-mai une offensive militaire. La plupart des terminaux pétroliers sont par ailleurs bloqués depuis presque un an, et seule la moitié du corps électoral s’est inscrite pour ces élections. Si la tendance des dernières municipales se confirme, la participation s’annonce très faible.

Mais le scrutin du jour reste une étape importante dans le processus de transition démocratique en Libye. Outre le niveau de l’abstention, la sécurité pendant le vote déterminera ou non le succès de l’opération. Dans l’est, plusieurs bureaux pourraient ne pas ouvrir à cause de l’insécurité. Cela avait été le cas en février dernier, pour l’élection de l’Assemblée constituante.

Beaucoup d'échecs

Les élections ont également pour enjeu de définir quelle forme prendra l’élection du président. Les islamistes souhaitent qu’il soit nommé par le futur Congrès, tandis que leurs adversaires aimeraient qu’il soit élu au suffrage direct. En attendant, difficile de savoir quel champ d’action la nouvelle chambre pourrait avoir, alors que le pays reste aux mains de groupes armés.

Pour de nombreuses raisons, le Congrès sortant, élu il y a deux ans, était l’une des causes majeures de l'instabilité du pays. La rue n'a pas supporté que les congressistes prolongent leur mandat, qui aurait dû expirer en février dernier. La principale mission du Congrès général national était de superviser la rédaction d'une Constitution. Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, il a échoué.

Absence de consensus

Les Libyens ont aussi reproché à de nombreux parlementaires leur proximité avec les milices armées. Celle qui, en octobre dernier, a enlevé plusieurs heures durant le Premier ministre d’alors, Ali Zeidan, était par exemple sous la responsabilité du président du Congrès. Aussi, les députés libéraux et les islamistes se sont neutralisés tout au long de la législature.

L’absence de consensus s’est surtout manifestée lors de la désignation des Premiers ministres. Au mois de mai, le pays comptait pas moins de trois Premiers ministres. Les nombreux députés indépendants, qui n'ont eu de cesse de naviguer d'un camp à l'autre, ont aussi contribué à l'inaction de ce Congrès fragmenté. La nouvelle règle, selon laquelle toutes les candidatures doivent être individuelles, risque d'exacerber ce problème.


■ Décryptage

Wolfram Lacher est spécialiste de la Libye à l'Institut allemand des études internationales et de sécurité à Berlin. Les groupes armés, selon lui, ne devraient pas perturber le scrutin mais les députés risquent de souffrir d'entrée d'un déficit de légitimité, car la participation s'annonce très faible.

Je n'exclus pas qu'il y ait des actes de violence isolés dans certaines villes, c'est tout à fait possible. Mais jusqu'à maintenant, la campagne électorale s'est passée dans des circonstances plutôt calmes
Wolfram Lacher
25-06-2014 - Par Nicolas Champeaux