Mali: vers le renouvellement du mandat de la Minusma

Les casques bleus de la Minusma à Bamako.
© Pierre René-Worms/RFI

Ce mercredi, le Conseil de sécurité des Nations unies à New York va adopter le renouvellement du mandat de la Minusma, la Mission multidimensionnelle intégrée de l’ONU pour la stabilisation au Mali. Si le pays a retrouvé une stabilité institutionnelle, le dialogue entre le gouvernement malien et les groupes rebelles demeure à l'état embryonnaire. Ce futur mandat, selon nos informations, devrait se recentrer sur le volet politique de la mission onusienne.

En juin 2013, la communauté internationale avait élaboré un mandat vaste et fourre-tout pour la Minusma qui se devait à la fois de préparer les élections générales et de faciliter le dialogue entre belligérants. Depuis, le président IBK est devenu le chef de l'Etat du Mali ; il reste le dialogue.

En la matière, Hervé Ladsous, le secrétaire général adjoint du Conseil de sécurité des Nations unies, s'est montré la semaine passée très sévère : depuis les accords de Ouagadougou en juin 2013 très peu de progrès ont été enregistrés vers un dialogue réel et substantiel. « C'est maintenant qu'il faut entamer des négociations de paix », a martelé Hervé Ladsous.

Le Mali voulait une Minusma plus offensive et plus combative contre les groupes armés du Nord. Cela n’a donc pas été retenu. Le Conseil de sécurité considère que le mandat de la force de l’ONU est déjà suffisamment robuste et que les casques bleus ne doivent pas se substituer à l’armée malienne.

Des drones déployés sur le terrain

Selon un diplomate onusien à New York, le Conseil de sécurité devrait s'engager à donner la priorité au dialogue politique : « Il faut que dans les prochains mois on puisse évaluer très concrètement les avancées sur ce terrain-là ». Cela concerne la reprise des négociations, la mise en place effective du cantonnement des groupes armés, la protection des civils et le retour de l'administration dans le Nord. L’ONU exige des deux parties des résultats rapides.

Pour le reste, le Conseil de sécurité va exhorter les Etats membres des Nations unies à fournir des ressources supplémentaires pour achever le déploiement des 12 000 hommes sur le terrain. Hervé Ladsous a confirmé le recours à des drones de surveillance au nord du Mali. Le déploiement est attendu pour la fin 2014. Le Conseil demande aussi aux casques bleus d’affirmer davantage leur présence et de se déployer au-delà des grandes agglomérations, en allant par exemple dans les communes d’Aguelhok ou de Tessalit, près de Kidal. Avec quelque 9 200 casques bleus aujourd’hui au Mali, la Minusma n’a atteint que 73% de sa capacité.


■ Le Nord échappe toujours à la justice malienne

Au Mali, environ 200 dossiers ont été soumis à la justice malienne sur les crimes commis dans le nord du pays. Un tiers de ses dossiers ont été abandonnés faute de charges suffisantes. Pour les autres, les procédures se poursuivent. Ce mardi, la Fédération internationale des droits de l’homme, la FIDH, et son antenne malienne, l’AMDH, annoncent qu’elles se portent partie civile aux côtés des victimes.

La FIDH et l’AMDH viennent de se porter partie civile aux côtés de 21 victimes dans deux affaires. Des cas jugés emblématiques des crimes commis dans le nord du Mali pendant la période d’occupation par les groupes islamistes armés.

« L’une des affaires concerne Aliou Mahamat Touré qui était commissaire islamique à Gao et l’autre concerne Houka Houka Ag Alfousseyni qui était le chef du tribunal islamique de Tombouctou. Nous nous sommes constitués, aux côtés des victimes, avec un double objectif : faire avancer les affaires et essayer de coordonner les poursuites, car il y a environ 150 dossiers, mais qui concernent des faits connexes », explique maître Patrick Baudoin, en charge du Groupe d’action judiciaire de la FIDH.

Pour une quarantaine de dossiers soumis à la justice malienne, l’instruction est close et les procès peuvent commencer. Restent une centaine de cas, pour lesquels les magistrats instructeurs peinent à enquêter. « Ils auraient besoin de se rendre dans la partie nord du pays, or les conditions sécuritaires aujourd’hui sont telles que ce n’est pas possible. Ils auraient également besoin d’entendre les témoignages soit de témoins, soit des victimes. Et pour la même raison, c’est difficile. Ils auraient besoin aussi de moyens financiers et puis peut-être d’une volonté politique accrue », ajoute Patrick Baudoin.

La FIDH appelle enfin à la création d’une commission d’enquête internationale sur tous les crimes commis dans le nord du Mali. Rappelons à ce sujet que l’enquête sur l’assassinat de nos deux collègues, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, tués par un commando jihadiste dans la région de Kidal le 2 novembre dernier, piétine toujours.