Arrestations au Niger dans une affaire de trafic de bébés

Nouveaux nés à la maternité de Niamey au Niger.
© AFP PHOTO/ BOUREIMA HAMA

La justice nigérienne a longuement entendu hier et une bonne partie de la nuit une trentaine de personnes dans le cadre du démantèlement d'un trafic présumé de nouveau-nés venant du Nigeria voisin, connu pour ses « usines à bébés ». Dix-huit inculpations ont été prononcées pour «supposition d'enfants», un délit qui consiste pour une femme à s'attribuer la maternité d'un enfant. Parmi les suspects, il y aurait des épouses de personnalités nigériennes.

Les auditions des 31 personnes ont duré tard dans la nuit. Le bus qui transportait les prévenus en direction de la prison de Kollo, a quitté le palais de justice de Niamey au petit matin, après plus de 16 heures d’audition. Selon un des proches parents des prévenus, les auditions des femmes en possession de bébés nigérians ont duré plus que celles des époux dont certains ont financé le déplacement pour le Nigeria et assuré toutes les charges des baptêmes des bébés.

Les femmes et leurs époux auront à justifier la trentaine de bébés en leur possession, des explications très délicates quant on sait que, selon le procureur de la République, toutes ces femmes ne sont en possession d’aucun carnet de suivi de grossesse enregistré dans les maternités nigériennes. Parmi les personnalités incarcérées, il y aurait l'une des épouses du président du Parlement nigérien, le principal opposant au président Mahamadou Issoufou, et celle de l'actuel ministre de l'Agriculture, Abdou Labo.

Cette affaire de trafic de bébés nigérians a déjà fait la Une de plusieurs journaux. En effet, des épouses de hautes personnalités sont citées et seuls des tests ADN et d’autres analyses scientifiques permettront, dit-on, d'apporter la vérité. A la question de savoir quel est l'avenir de ces bébés au cas où leurs présumés mères iront en prison, un magistrat a laissé entendre qu’ils rejoindront leurs mères en attendant que toute la lumière soit faite.

Gros plan sur les «usines à bébés», de notre correspondante au Nigeria, Julie Vandal

La maison ressemblait à un orphelinat, elle s’est révélée être une « usine à bébés ». Huit femmes enceintes ont alors été arrêtées. C’était en mars dernier dans l’Etat d’Ogun, au sud-ouest du pays. Des affaires comme celle-là noircissent souvent les colonnes des journaux nigérians. Si la création en 2003 de l'Agence Nationale de Prohibition de la Traite des êtres humains (NAPTIP) a donné aux autorités les moyens légaux de lutter contre le phénomène, elle n’a jamais permis de l’enrayer.

De fait, la police met sous surveillance régulièrement toujours des habitations où vivent plusieurs femmes enceintes, souvent d’origine modestes. La plupart viennent s’isoler loin de leur famille pour éviter la discrimination des grossesses hors mariage. Les bébés sont ensuite retirés à leur mère, au mieux ils sont achetés une somme modique avant d’être revendus dans les filières d’adoption illégale.

Les garçons sont préférés aux filles. Quant aux jumeaux, ils sont séparés ou vendus à l’étranger, car, dans de nombreuses ethnies nigérianes, au Nord comme au Sud, la naissance de jumeaux est perçue comme une malédiction. Les femmes sont mises au ban de la société ou contraintes d’aller mendier.