Le Rwanda envisage de se retirer du plan de paix d'Addis-Abeba

Le président rwandais, Paul Kagame.
© REUTERS/Gus Ruelas

Le Rwanda a envoyé le 26 juin une lettre de protestation au Conseil de sécurité de l'ONU, menaçant de retirer sa participation à l'accord-cadre d'Addis-Abeba. Ce coup de sang de Kigali intervient après la tenue d'une rencontre organisée le même jour par la communauté religieuse Sant'Egidio à Rome. A cette réunion, participaient une délégation des FDLR, les rebelles hutus rwandais accusés par Kigali d'avoir participé au génocide, et une équipe des envoyés spéciaux internationationaux pour les Grands Lacs. L'accord cadre, devant permettre d'instaurer la paix dans l'est du Congo, avait été signé par onze pays de la région le 24 février 2013 sous l'égide de l'Union africaine et de l'ONU.

C'est une lettre datée du 26 juin signé par le représentant permanent du Rwanda auprès des Nations unies et adressée au président du Conseil de sécurité, qui lui-même l'a transmise à ses membres.

Eugène Gasana y raconte comment son pays, membre du Conseil cette année, a été notifié de la demande le 24 juin du sous-secrétaire général en charge des opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous, de lever temporairement l'interdiction de voyage du président par intérim des FDLR. Victor Byiringiro devant se rendre à Rome le 25 pour une rencontre avec la communauté Sant'Egidio et l'équipe des envoyés spéciaux pour les Grands Lacs, dirigés par Mary Robinson, la représentante du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, pour la région.

L'objectif selon l'ONU, apprend-on par cette lettre, était de discuter de comment « accélérer le processus de désarmement » et « déterminer les options possibles pour atteindre cet objectif ». Mais l'ambassadeur rwandais insiste surtout sur le fait que, sans attendre la décision - et donc le refus du comité de sanctions de lever cette interdiction de voyage -, la Monusco a transporté la délégation, président des FDLR inclus, jusqu'à Kinshasa.

Feuille de route précise

Eugène Gasana donne la feuille de route précise qu'aurait empruntée cette délégation, qui écrit-il, inclurait des personnes recherchées pour leur participation au génocide, sans donner de noms. « Cela peut suggérer que certains hauts responsables onusiens et du département de maintien de la paix sont mus par un agenda secret de réhabiliter les FDLR génocidaires », poursuit-il. D'où cette menace de se retirer de la mise en oeuvre de l'accord d'Addis-Abeba alors que le Rwanda « reste le seul à continuer à participer à cet accord-cadre » et le mettre en oeuvre, selon cette lettre.