Trafic présumé d’enfants au Niger: dix-sept personnes écrouées

Parmi les personnes écrouées, se trouve la deuxième épouse du président de l'Assemblée nationale nigérienne, Hama Amadou. L'affaire pourrait prendre un tour politique.
© AFP PHOTO STEPHANE DE SAKUTIN

Dix-sept personnes - douze femmes et leurs maris - ont été écrouées, jeudi 26 juin, au Niger, dans le cadre d'un présumé trafic de bébés. Parmi les personnes emprisonnées se trouve la deuxième épouse du président de l'Assemblée nationale, Hama Amadou, mais aussi celle du ministre de l'Agriculture, Abdou Labo. L'affaire fait grand bruit au Niger, dans un contexte de grande tension politique entre le chef de l'État et le président de l'Assemblée nationale.

Ces dix-sept personnes ont été inculpées pour « supposition d'enfant », « faux et usage de faux », et « déclaration mensongère ». Elles sont en prison. La justice les soupçonne d'avoir déclaré la naissance de bébés dont elles n'auraient pas accouché, des nourrissons qui auraient été achetés au Nigeria dans des circonstances suspectes.

De Lagos à Niamey, en passant par Cotonou

Selon des sources judiciaires, le scénario s'est répété à l'identique : des Nigériennes d'un milieu fortuné, en mal d'enfants, se rendent dans l'État de Ondo, près de Lagos. Là, une matrone, en échange d'argent, les aide à dissimuler un faux accouchement. Les nouveaux parents et leurs bébés - souvent des jumeaux - se rendent ensuite dans une clinique à Cotonou, qui établit un carnet de naissance du nouveau-né. Puis, la nouvelle famille rejoint discrètement Niamey par la route, et l'acte de naissance est établi au Niger.

Les policiers nigériens ont enquêté durant des mois, à Niamey, mais surtout au Nigeria et à Cotonou. L'enquête parle d'un « faisceau d'indices suffisant » pour parler de trafic de bébés. Les enfants seraient confiés contre plus de dix millions de francs CFA. « Comment expliquer, confie une source judiciaire, qu'un homme marié à trois femmes, sans enfants depuis des années, se retrouve père de six enfants en quelques mois ? » Le cas n'est pas isolé et l'affaire ne fait que commencer, estime-t-on du côté de l'enquête.

Une « machination politique »

L'affaire prend en tout cas un tour très politique en raison de la présence, parmi les personnes écrouées, de la deuxième épouse du président de l'Assemblée nationale nigérienne, Hama Amadou. L'avocat de l'épouse estime qu'il s'agit d'une machination politique pour atteindre le président de l'Assemblée.

« Il aurait fallu établir de façon certaine et indubitable que des Nigériens sont impliqués dans ce trafic, notamment en achetant des bébés. Or, ces preuves n’ont pas été réunies », affirme Maître Souley Oumarou, qui assure au contraire détenir « des certificats médicaux sur des groupes sanguins qui sont conformes aux groupes sanguins des pères et mères ». « Pour ma part, poursuit l'avocat, j’estime qu’il y a un motif politique déguisé, qui consiste, à travers une affaire qui a un caractère moral, éthique, d’atteindre Hama Hamadou pour qu’il ne soit pas présent en 2016 à l'élection [présidentielle]. »

Tests ADN

De leur côté, les avocats des autres inculpés affirment que le dossier est vide. Maître Ali Kadry, l’un des avocats des inculpés pour « supposition d’enfant » : « Pour nous, le dossier manque d’éléments. La procédure a été engagée uniquement sur la base de suppositions. Nous demandons à ce qu’on produise des éléments de preuve irréfutables. Les seuls éléments qu’on a aujourd’hui dans le dossier, ce sont des photos. On ne peut pas poursuivre des gens sur la base de photos ! Nos clientes sont formelles : elles ont accouché. Nous demandons leur remise en liberté immédiate. »

Hama Amadou et son épouse, Hadiza, ont fait savoir par leur avocat qu'ils demandaient des tests ADN afin d'apporter la preuve scientifique de la filiation de leurs deux jeunes enfants.