Sénégal: des élections locales à l'enjeu national

La campagne électorale se joue dans les rues de Dakar, ici le 26 juin 2014.
© AFP PHOTO / SEYLLOU

Plus de 5,3 millions d’électeurs sénégalais sont appelés aux urnes ce dimanche 29 juin 2014 pour des élections municipales et départementales. Plus de deux ans après l'arrivée au pouvoir du président Macky Sall, et à trois ans de la présidentielle de 2017, ce scrutin représente un test pour l'Alliance pour la République (APR), le parti du chef de l'Etat.

Un scrutin marqué par la multiplication des listes électorales : 2 700 listes en compétition, du jamais vu. Face au PDS, le parti de l’ancien président Abdoulaye Wade, la coalition gouvernementale se présente en rangs dispersés. Dans la plupart des grandes villes, le parti présidentiel, l’APR, présente même plusieurs listes concurrentes.

La Céna, la commission électorale nationale autonome, a déployé 7 000 superviseurs et 13 000 contrôleurs. L’organisation de défense des droits de l’homme, la Raddho, a envoyé plus de 500 observateurs.

Entre toutes ces listes en compétition, il ne sera pas facile pour les électeurs de s’y retrouver. Le grand vainqueur risque d’être la confusion générale. La campagne a été marquée par la montée des tensions.

De nombreux candidats jouent leur dernière carte, leur va-tout dans ces élections locales : c’est vrai pour les ministres (la plupart se sont jetés dans la bataille) ; c’est vrai aussi pour les directeurs généraux des sociétés et des agences nationales. Le président Macky Sall a prévenu : les perdants seront sanctionnés.

Dakar, principal enjeu

C’est vrai enfin pour tous ceux qui prétendent à un avenir national : Idrissa Seck, Oumar Sarr, Pape Diop, Abdoulaye Baldé, Aissata Tall Sall, Cheikh Bamba Dièye, Seydou Guèye. A Grand Yoff,  l'une des 19 communes d'arrondissement de la ville de Dakar, se jouera la mère des batailles : le socialiste Khalifa Sall, maire sortant à qui on prête des ambitions présidentielles, affronte la Première ministre Aminata Touré. Celui qui perd, perdra tout. Tous deux jouent leur avenir politique. C’est d’ailleurs ce qui confère à ce scrutin sa dimension nationale. A cela s'ajoute la candidature de Pape Diop, ancien maire de Dakar, qui tente un retour en politique dakaroise, après son départ du Parti démocratique sénégalais.

Aux municipales de 2009, le recul du parti d’Abdoulaye Wade avait été perçu comme la première étape vers sa chute en 2012. Pour sûr, les résultats de ces élections seront analysés à la loupe par les états-majors, mais les enseignements seront difficiles à tirer dans cette ambiance de confusion générale.

A l'intérieur du pays, l'attention sera portée sur les grandes villes comme Saint-Louis ou Fatick, dans lesquels les leaders de la majorité présidentielle sont partis divisés.

Ces élections locales devraient enfin marquer l'entrée en vigueur de l'acte III de la décentralisation, cette profonde réforme des collectivités locales, jusque-là peu vulgarisées auprès du grand public, prévoit notamment de supprimer les 14 régions du pays, et de créer des pôles de développement économique. La Casamance est présentée comme une zone pilote de cette réforme.