Maroc-Espagne: une immigration clandestine toujours plus périlleuse

Des migrants tentent le passage dans l'enclave espagnole de Melilla, en territoire marocain, le 17 mai 2014.
© REUTERS/Jesus Blasco de Avellaneda

Plusieurs centaines d'immigrants subsahariens ont tenté dimanche, sans succès, d'entrer dans l'enclave espagnole de Melilla depuis le Maroc. Les forces de sécurité espagnoles et marocaines ont repoussé plusieurs milliers de candidats à l'immigration ces dernières semaines. Malgré le renforcement du dispositif anti-franchissement, les Africains sont toujours très nombreux à vouloir coûte que coûte rentrer en Europe par cette voie. Comme ce jeune Guinéen que RFI a pu joindre au téléphone à Melilla.

On l'appellera Barry. Il dit être âgé de 15 ans. Barry est arrivé à Melilla en janvier dernier : la route a été longue depuis Mamou en Guinée : le Mali, l'Algérie, puis le Maroc. Dimanche, Barry a voulu tenter sa chance pour déjouer la vigilance des policiers marocains. A l'aube avec ses compagnons d'infortune, il a quitté la fôret pour tenter de franchir les grillages de la frontière mais les obstacles sont de plus en plus nombreux : « Il y a les pièges d'abord, qui sont des rouleaux avec des lames; ça blesse. Après ces pièges-là, il y a les barrières, très hautes. En les grimpant, il ne faut pas les regarder pour ne pas avoir peur. »

Barry n'est pas allé très loin et a très vite rebroussé chemin pour ne pas se faire attraper par les gardes marocains et espagnols : « J'ai tenté de repartir pour ne pas qu'ils m'attrappent. Parce que sinon, ils font très mal, ils cassent les os, ils maltraient. »

Barry en est à sa troisième tentative et il va recommencer encore : « Je n'ai pas envie de rentrer tant que je n'ai pas quelque chose à rapporter à la famille. Je suis prêt à me sacrifier, mais il faut que je rentre au pays avec quelque chose. Je suis sûr qu'un jour Dieu va m'aider, je vais rentrer. » En attendant , Barry est retourné se cacher au fond de la fôret marocaine.


Le Maroc veut améliorer son processus administratif de régularisation des migrants

De nouvelles dispositions ont été prises par le gouvernement pour améliorer l'opération de régularisation des migrants, entamée en janvier dernier. Il faut dire que les premiers chiffres à mi-parcours ne sont pas bons, seuls 20% des demandes ont été acceptées.

D'abord et avant tout, c'est la très attendue commission des recours qui a été inaugurée vendredi par le ministre en charge des questions migratoires, le libéral Anis Birou. Cette commission, présidée par le Conseil national des droits de l'homme, est chargée à partir de ce lundi d'examiner les 80% de demandes de régularisation rejetées depuis le 1er janvier, sur les 15 000 dossiers étudiés. Il s'agit d'un travail important, qui doit associer des responsables politiques, des fonctionnaires du ministère de l'Intérieur et de l'Emploi, mais aussi des représentants de la société civile.

La priorité dans les régularisations sera donnée aux femmes, a annoncé le président du CNDH, Driss el-Yazami. Il a également fait savoir que « la commission siègera périodiquement et préconisera des régularisations par groupes ».

Une quinzaine de conventions ont par ailleurs été signées entre différents ministères et des associations, visant à bâtir une politique d'insertion pour ces milliers de nouveaux détenteurs de permis de séjour, qui vivent aujourd'hui dans une extrême pauvreté.

Les associations de défense des migrants, de leur côté, accueillent ces gestes forts avec bienveillance, mais regrette toujours que les critères de régularisation soient si stricts - il faut cinq ans de présence effective au Maroc pour prétendre y rester légalement.