Aminata Touré: dix mois à la primature du Sénégal avant d’être limogée

Aminata Touré (ici en 2012 au Parlement) aura passé dix mois au poste de Premier ministre, avant d'être limogée.
© AFP PHOTO / SEYLLOU

Aminata Touré n'est plus le Premier ministre du Sénégal. Celle que les Sénégalais surnomment « la dame de fer », ou « Mimi Touré », a été limogée hier vendredi par le président Macky Sall. C’est la suite logique de sa défaite aux élections locales du dimanche 29 juin, où elle a été battue par le maire sortant, le socialiste Khalifa Sall.

Avec notre correspondante à Dakar, Carine Frenk.

Quand elle est nommée Premier ministre en septembre 2013, Aminata Touré est au plus haut. Ministre de la Justice, elle a engagé le Sénégal dans la traque des biens mal acquis, elle incarne certaines valeurs républicaines. La dame en impose. D’entrée, elle place d’ailleurs la barre très haut : sortir le pays de l’immobilisme. On lui prédit déjà un avenir de présidentiable. « Elle voulait accélérer la cadence, selon son expression, et c’est la décadence, aujourd’hui », ironise un de ses adversaires.

Quelques semaines à peine après son arrivée à la primature, Aminata Touré commence à faire l’objet d’attaques parfois violentes qui viennent de son propre camp, l’Alliance pour la République (APR). On lui reproche de vouloir imposer son leadership au sein du parti présidentiel, on lui reproche aussi « son management à la baguette » : « Certes elle est combative, mais elle se fâche avec tout le monde  », explique une bonne source, qui ajoute : « A force de jouer d’autorité, elle finit par faire de l’ombre au président qui sait se montrer plus souple. »

Quitte ou double

Pas étonnant dès lors si son échec aux élections locales a précipité son départ. Aminata Touré savait bien d’ailleurs que le défi serait difficile à relever : battre sur ses propres terres de Grand Yoff Khalifa Sall, le maire socialiste sortant. Elle jouait quitte ou double, mais si elle l’emportait, elle s’assurait un avenir de premier plan sur la scène politique sénégalaise pour les années à venir. Pari perdu. Dimanche soir, le couperet est tombé : Aminata Touré a été largement battue. (→ LIRE : Khalifa Sall, grand gagnant des élections locales sénégalaises ) Elle reconnaît aussitôt sa défaite, félicite le vainqueur, mais n’annonce pas sa démission. Toute la semaine, elle semble faire de la résistance. Jeudi, les membres de sa coalition à Grand Yoff donnent même une conférence de presse pour appeler le président Macky Sall à ne pas la sanctionner.

« À Grand Yoff, Aminata Touré est allée à la conquête d’une forteresse imprenable, elle n’a commis aucune faute, explique l’un de ses proches. C’est sur son travail qu’il faut la juger pas sur cette défaite, c’est pour cela qu’elle a refusé de démissionner. » Est-ce pour se victimiser ou préfère-t-elle simplement laisser l’initiative au chef de l’Etat ? Quoi qu’il en soit, en fin d’après-midi hier, Aminata Touré est reçue au Palais. Le président Macky Sall lui annonce alors qu’il a mis fin à ses fonctions.

Un partisan de la « dame de fer » reconnaît que les lendemains de défaite sont douloureux : « Quand on est sous la pluie, on se mouille, affirme-t-il, mais Mimi a de la ressource, elle n’a pas dit son dernier mot. »

 →  À (RE)LIRE : Sénégal: le Premier ministre Aminata Touré quitte ses fonctions