Centenaire 14-18: l’Afrique dans la Grande Guerre

Des tirailleurs africains posent avec des soldats britanniques lors de la Première Guerre mondiale à Soisson, France, 1914.
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Ce lundi 14 juillet, la France commémore le centenaire de la Première Guerre mondiale. Pour le traditionnel défilé militaire de la fête nationale, le pays a souhaité inviter tous les pays impliqués dans le conflit, dont une vingtaine de pays africains. En effet, l'Empire colonial qu'était la France de l'époque a massivement utilisé ses colonies dans son effort de guerre. Et le continent a aussi été le théâtre de violents combats.

Près d'un demi-million d'Africains ont été impliqués dans la Grande Guerre. Au moins 200 000 Sub-Sahariens et plus de 270 000 Maghrébins. En 1914, une partie était déjà incorporée dans des corps militaires. D'autres se sont engagés volontairement, par conviction, parce qu'ils avaient été persuadés par la propagande ou pour obtenir un meilleur statut par rapport aux métropolitains. Paris s'appuyait d'ailleurs sur les élites africaines pour convaincre les populations, souvent illettrées, de s'engager.

Mais beaucoup ont également été forcés. Le recrutement a occasionné des résistances : certains s'automutilaient, fuyaient en brousse, émigraient et parfois se révoltaient comme en pays bambara, fin 1915, ou dans les Aurès en 1916.

Aucune reconnaissance au sortir de la guerre

Les premiers combats sont un choc pour la plupart des troupes, souvent mal formées, et souffrant du froid. Le conflit dure, et la France ponctionne toujours plus d'hommes dans ses colonies. Les Africains sont envoyés sur tous les coups durs : Verdun, la Marne, la Somme. Leur courage, leur abnégation sont souvent salués.

Certains régiments se couvrent de gloire et seront même parmi les plus décorés de toute la guerre. Les chiffres varient, mais on compterait environ 20 % de pertes. La France ne leur accordera pourtant pas plus de droits au sortir du conflit, engendrant une frustration source de la montée du nationalisme africain.

La guerre en Afrique

Une partie du conflit aussi s'est déroulée en Afrique, contre les colonies allemandes de l'époque. Londres et Paris, notamment, avaient décidé que l'Allemagne devait être vaincue en Europe, mais aussi dans toutes ses colonies. Le 7 août 1914, les Britanniques entrent dans la colonie allemande du Togo. Ce jour-là, le sergent ghanéen Alhaji Grunshi devient le premier soldat de tout l'Empire britannique à tirer un coup de feu. Pris en étau par les Britanniques de la Côte de l'Or et les Français du Dahomey, le Togo est conquis en moins d'un mois. Même chose au Cameroun. Une colonne française du Tchad s’empare du Nord. Des troupes franco-belges envahissent l’intérieur. Yaoundé tombe en novembre.

Dans le Sud-Ouest africain, dans l'actuelle Namibie, les choses sont plus compliquées. L'ennemi remporte des victoires face aux Sud-Africains et aux Portugais. Mais grâce à un blocus naval, le vent tourne en 1915 et les Allemands capitulent en juillet. En Tanzanie, baptisée Afrique orientale allemande, la résistance est acharnée. Près de 8 000 soldats britanniques et belges débarquent à Tanga et se font écraser. Les combats durent. Les Allemands entrent même au Mozambique et en Rhodésie. Leur chef ne se rendra finalement que deux semaines après l'armistice de 1918.

Le conflit d'Afrique a surtout été une guerre de mouvement, opposant souvent quelques centaines d'hommes au matériel limité, sans artillerie lourde. Au final, des pertes relativement faibles compte tenu de l’étendu des combats : 5 000 tués côté britannique et 2 000 côté allemand. Quant aux Africains, utilisés surtout comme porteurs, des dizaines de milliers d'entre eux sont morts d'épuisement, de maladie, ou de faim.


■ Beaucoup de mythes et de clichés

En 1917, au Chemin des Dames, le général Mangin envoie 21 bataillons de tirailleurs au front. Ils sont décimés et l'officier hérite du surnom de « Boucher des Noirs ». Les Africains étaient-ils de la chair à canon ? Aucune directive ne le prouverait. Et d'après les statistiques, les Noirs ont perdu environ 20 % des leurs dans les combats. Autant que les métropolitains.

Etaient-ils maltraités ? Certes, les clichés racistes étaient légion. Leurs soldes étaient moins élevés et aucun n'a dépassé le grade de lieutenant. Mais les mauvais traitements étaient souvent montés en épingle par la propagande allemande qui voulait convaincre les musulmans de changer de camp pour ne pas avoir à combattre les Turcs, musulmans aussi. Paris a par ailleurs rejeté une demande de l’armée américaine, qui pratiquait la ségrégation, et demandait à la France de ne plus laisser Noirs et Blancs combattre d’égal à égal.

Enfin les Africains étaient-ils plus guerriers ? Le projet de force noire avait été lancé notamment parce qu'on les disait disposés aux métiers militaires. Des troupes ouest-africaines et algériennes étaient classées comme troupes d'assaut. Mal formés, mal acclimatés, beaucoup de soldats se sont fait tuer, ou évacuer pour cause de froid ou de maladie. Une large partie, comme les Malgaches, est d'ailleurs restée à l'arrière, ou employée dans les usines, car ils étaient considérés comme fragiles.