Hollande au Tchad pour installer l’état-major de l'opération Barkhane

Accolade entre François Hollande et Idriss Deby lors de l'intronisation du président malien Ibrahim Boubacar Keïta le 19 septembre 2013 à Bamako
© AFP PHOTO / POOL / MICHEL EULER

En visite en Afrique, François Hollande arrivera ce vendredi 18 juillet au soir à Ndjamena. Samedi, il rencontrera le président Idriss Déby puis se rendra sur la base militaire française Kossei, avec pour objectif la mise en place du nouveau dispositif de sécurité Barkhane dont le commandement sera basé au Tchad. Cette force permanente de 3 000 hommes présente dans 5 pays, succède à l'opération Serval au Mali. Le Tchad en sera le centre névralgique.

La capitale tchadienne sera en quelque sorte le cerveau de Barkhane. Elle y accueillera, en langage militaire, le poste de commandement interarmées de théâtre (PCIAT). En gros, le site où les décisions stratégiques seront prises concernant toutes les autres bases françaises de la région rattachées à l'opération : au Niger, au Burkina Faso, en Mauritanie et au Mali. Le centre de commandement de Bamako sera donc transféré à Ndjamena. Des travaux y ont été entrepris, et il ne manque plus qu'un accord formel entre François Hollande et son homologue tchadien Idriss Déby.

Le Tchad, une position idéale pour les interventions militaires dans la région

Le Tchad possède des avantages pratiques non négligeables. L'armée française y est installée de longue date, depuis le lancement de l'opération Épervier en 1986. Ses 950 hommes passeront donc sous la bannière de Barkhane, ainsi que tout son matériel : notamment ses deux bases à Abéché et surtout Faya-Largeau, dans le nord du Tchad. Un point d'appui précieux, proche de zones sensibles comme le sud de la Libye.

C'est également au Tchad que se trouve la principale base aérienne française, avec ses Rafales et Mirages 2000, des hélicoptères Puma ainsi que des avions pour les transports et le ravitaillement en vol. Le Tchad est une position centrale sur l'échiquier sahélien. Il permet des interventions dans le sahel, mais également en Centrafrique.

Aucune rencontre avec l'opposition ou les associations des droits de l'homme n'est prévu

Pour l'opposition tchadienne parler sécurité et coopération ne doit pas empêcher François Hollande de rappeler à Idriss Déby ses manquements dans le domaine des droits de l'homme. « Tout ce qui se commet au Tchad comme crime économique ou crime de sang ne doit pas être absout au profit de la sécurité à laquelle le Tchad participe activement. Ce n'est pas ça qui va autoriser le président Déby de mal se comporter à l'intérieur de son pays, de mal gérer son pays. Il faut que les partenaires du Tchad soient beaucoup plus exigeants dans la coopération avec le Tchad », estime le chef de l'opposition, Saleh Kebzabo.

Dans un communiqué publié mardi, l'opposition tchadienne demande donc à la France et à la communauté internationale, un meilleur suivi du processus électoral et du respect des droits humains. Parmi les faits dénoncés, la disparition de l'opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh survenue le 3 février 2008 et toujours non élucidée à ce jour.

« On a vraiment peur que les droits de l'homme soient un peu sacrifiés sur l'autel de la realpolitik, notamment dans la lutte contre le terrorisme. On se demande si François Hollande osera parler des droits de l'homme et plus particulièrement Ibni Oumar Mahamat Saleh, qui a disparu le 3 février 2008, après avoir été enlevés par des membres de la garde présidentielle tchadienne », craint Clément Boursin, responsable des programmes Afrique à l'Acat. Cette dernière s'est constituée partie civile dans la procédure engagée en France. « Il y a eu une procédure d'enquête qui a abouti sur un non-lieu. On a le sentiment que les autorités tchadiennes n'ont pas véritablement entrepris d'enquête ni indépendante, ni impartiale. Donc maintenant, on mise tout sur la procédure en France. On attend beaucoup de cette enquête. On attend vraiment que la vérité et la justice soient établies sur cette affaire. »

Pas une visite politique pour le parti au pouvoir

Du côté du parti au pouvoir, on juge tout simplement ces demandes hors sujet, comme l’explique le secrétaire général du MPS, Adrien Beyom Malo : « L'opposition a raté l'objet de la visite. Le président Hollande est un président élu par les Français pour résoudre les problèmes des Français. Il n'est pas venu pour résoudre les problèmes politiques des Tchadiens. Il est venu pour résoudre les problèmes sécuritaires ».

Et le MPS de conclure que François Hollande ne vient pas au Tchad en donneur de leçon, mais bien en partenaire et en ami.