Egypte, Tunisie, Kenya : comment faire revenir les touristes?

Djerba, destination très prisée jadis, est boudée aujourd'hui par les touristes en raison de l'instabilité politique de la Tunisie.
© Wikipédia/Emmanuel Boutet

Ces trois pays ont toujours été de grandes destinations touristiques mais souffrent depuis trois ans. Révolutions, attentats et instabilité politique ont eu raison de leur attractivité et ces difficultés pèsent sur leurs économies respectives. Certains ne s'en sortent toujours pas, d'autres retrouvent petit à petit leurs touristes. L'Egypte, la Tunisie, le Kenya, des pays qui, aujourd'hui, doivent rassurer pour relancer le secteur.

En Egypte par exemple, les revenus du tourisme ont été divisés par deux et 500 000 emplois ont été perdus. Le tout en seulement trois ans. Du coup, le ministre du Tourisme Hisham Zaazou enchaîne les voyages pour redorer l'image de son pays. Une opération de communication a aussi été lancée sur les réseaux sociaux avec cet appel fait aux touristes : « Vous nous manquez ». Des caméras ont même été installées sur des sites historiques pour montrer qu'il n'y a plus de danger.

En ce qui concerne la sécurité des visiteurs étrangers en Egypte, la donne a changé en février dernier avec l’attaque contre un bus de touristes dans le Sinaï qui avait fait quatre morts et ces attentats au Caire dans les mois qui ont suivi. Notre correspondant François Hume a rencontré une guide touristique francophone. Elle a perdu son travail il y a deux ans, faute de touristes. Selon elle, le gouvernement devrait revoir ses priorités.
« Si le pays retrouve sa stabilité au niveau politique, les gens reviendront, ça c’est sûr, dit-elle. Ce n’est pas que les gens qui annoncent à la télé " Voilà venez, tout est bien ", et puis le lendemain on a une bombe là, une bombe là… Enfin, on ne va pas faire confiance. Et c’est pour cette raison que je trouve que les efforts actuels du ministère du Tourisme, ce n’est pas le temps de les faire : il faut d’abord de la stabilité ! Et seulement après, on fait tous ces efforts pour attirer les gens ».

Même les mythiques pyramides, phare du tourisme égyptien, n'attirent plus ou peu les touristes. © Will & Deni McIntyre/gettyimages.fr

Une refonte totale du secteur

En Tunisie le constat est le même : l'instabilité politique est toujours là, contrairement aux touristes. Selon les chiffres officiels, le pays a perdu plus de deux millions de visiteurs étrangers entre 2010 et 2011. Pour Wahida Djait, à la tête de l'Office national du tourisme tunisien, il ne faut pas rester les bras croisés en attendant que la sécurité revienne. Elle travaille à une refonte totale du secteur, en faisant notamment la promotion du tourisme dans d'autres régions du pays : « On peut travailler plus facilement sur Djerba, Hammamet, Tunis ou Carthage… parce qu’il y a ces icônes, plutôt que sur la région du Kef [NDLR : zone montagneuse située à 175 kilomètres de la capitale]. Or, c’est un réservoir incroyable sur les plans archéologique et historique. Cette région pourrait être demain un pôle touristique hautement culturel. Donc l’idée est de focaliser sur les filières et non plus sur le tourisme balnéaire ».

Vers de nouveaux marchés

Une nouvelle stratégie se met en place : diversifier les offres pour attirer de nouveaux touristes. Car, selon Jean-Pierre, le président en France du Syndicat national des agents de voyage, les marchés européens ne suffisent plus : « La réaction normale de pays comme l’Egypte voire comme la Tunisie, c’est d’aller chercher des marchés touristiques émergents. Je pense notamment au marché de la Russie, des pays arabes, de l’Inde ou de la Chine. De manière à compléter son approvisionnement traditionnel européen par des marchés nouveaux ».

Le Kenya, apprécié pour ses safaris et la beauté de ses rivages, connaît une baisse sensible du nombre de touristes en raison de l'insécurité. © Benh Lieu Song/Wikimedia Commons

Le Kenya, lui aussi, s’intéresse à ces marchés émergents. C'est même sa priorité, car il y a urgence : les attaques des combattants islamistes shebabs de ces derniers mois ont eu raison des touristes. La fréquentation est en chute libre : moins 16% en un an. L'Office du tourisme kényan et son directeur Murithii Ndegwa regardent désormais vers l'Asie et le Proche-Orient pour rebondir. Objectif : attirer les touristes mais pas seulement. « Ce qu’on a fait et ce qu’on va continuer à faire, c’est une campagne pour rassurer. C’est d’abord raconter aux médias tout ce que le gouvernement fait pour la sécurité du pays, mais c’est aussi demander aux investisseurs de venir ici, au Kenya. Et les convaincre que c’est un bon pays pour faire des affaires », explique Murithii Ndegwa.

Beaucoup d'efforts sont donc déployés pour relancer le secteur. Aujourd’hui, celle qui s'en sort peut-être le mieux, c'est la Tunisie. Selon les chiffres officiels, le nombre de touristes a augmenté de plus de 4% sur le premier trimestre 2014. Une tendance qui se dessine mais qui reste à confirmer.

Vue aérienne de Mombasa avec le port de Kilindini. © © Victor Ochieng/Wikipédia