Attaques de Boko Haram: renforts annoncés et militaires sanctionnés

Un pilote militaire camerounais, sur la base de Garoua, le 18 juin dernier. L'implication de l'aviation dans la lutte contre Boko Haram au Cameroun va être renforcée.
© AFP PHOTO / REINNIER KAZE

Trois jours après l'assaut meurtrier de membres présumés de Boko Haram dans la ville de Kolofata, Paul Biya sanctionne et renvoie des chefs militaires dans les régions du nord et de l'extrême nord du pays. Cet « ajustement » du commandement des troupes sur le terrain intervient alors qu’un renforcement du dispositif de riposte engagé dans la bataille contre la secte islamiste vient d’être annoncé.

Les décrets sanctionnant les officiers supérieurs de l’armée camerounaise, lus à la radio nationale, n’apportent aucune précision sur les motifs de leur relèvement. Cependant, les lieux d’affectation des mis en cause - dans le champ de bataille qu’est devenu l’extrême nord du Cameroun -, laissent supposer que les patrons de l’armée sont, pour le moins, peu satisfaits des résultats engrangés sur le front contre Boko Haram.

Depuis l’attaque de Kolofata, des réunions de sécurité et de crise se sont succédé à la présidence de la République et à l’état-major des armées, en vue d’évaluer la nouvelle portée de la menace Boko Haram. Un officier confiait ainsi que le dispositif déjà mis en place depuis trois mois sur le terrain va, à nouveau, être renforcé.

Déploiement renforcé, l'aviation engagée

Cette fois, l’accent sera mis sur l’entrée en scène de l’aviation militaire. Les hélicoptères de reconnaissance et les avions de chasse déjà postés dans la région devraient désormais intervenir dans les combats en appui aux troupes au sol.

A Yaoundé, les autorités appellent aussi les populations à ne pas céder à la psychose et espèrent également une meilleure collaboration des citoyens dans la collecte des renseignements utiles à la préparation des combats.

A Kolofota, les recherches se poursuivent pour trouver les otages

Sur le terrain, à Kolofata, les forces de l'ordre sont toujours à la recherche des otages enlevés dimanche matin, dans une attaque sans précédent de membres présumés de Boko Haram. Un assaut brutal et sanglant qui aurait fait plus d'une quinzaine de morts, selon les dernières informations. Les assaillants ont détruit et incendié des bâtiments, tirant parfois au lance-roquette. Ils ont enlevé une vingtaine de personnes dont la femme du vice-premier ministre Amadou Ali et un chef traditionnel dans une attaque visiblement bien préparée.

Les assaillants ont joué l'effet de surprise. Ils sont arrivés en grand nombre tôt le matin, en uniformes de l'armée camerounaise, et à bord de voitures transformées en véhicules officiels. Un témoin affirme que ces hommes ont forcément été aidés par des complices.

Les inconnus ont attaqué notamment l'hôpital où deux Occidentales travaillent. Ils les ont cherchées, mais ces dernières étaient en vacances, confie un employé. L'attaque principale s'est déroulée à l'arme à feu et au lance-roquettes contre le domaine du vice-premier ministre. Amadou Ali y avait rassemblé sa famille pour la fin du ramadan, mais lui-même n'était pas encore là. Les soldats sur place ont été décimés. Les assaillants sont passés de pièce en pièce, tuant tout sur leur passage.

Les habitants se disent « abandonnés »

Pour cet habitant, la ville est désormais en pleine psychose : « La population vit dans une panique totale. Nous n’avons pas de confiance en nos forces armées. Nous voulons que le gouvernement aille vraiment jusqu’au bout de sa promesse (…) Beaucoup de gens ici se disent abandonnés. Ce que nous attendons maintenant, c’est un renfort, un renfort radical. » Justement, des soldats supplémentaires sont arrivés à Kolofata. « Mais si Boko Haram peut attaquer de telles personnalités, comment pourrions-nous être en sécurité », déclare un habitant.

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