Sommet Etats-Unis / Afrique: l'AGOA en débat

Session d'ouverture du forum sur l'AGOA, l'accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l'Afrique, à Washington, le lundi 4 août 2014.
© REUTERS/Gary Cameron

Le sommet Etats-Unis / Afrique, qui s’est ouvert lundi à Washington, est ce mardi consacré aux investissements, avant le grand dîner à la Maison Blanche. Au centre des débats : le renouvellement de l’AGOA, l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le continent. La propagation d’Ebola s’est aussi imposée aux participants au sommet.

C’est une journée très dense qui s’annonce ce mardi. La veille, lundi, chaque délégation a pu participer à des ateliers sur « la paix et la sécurité », « les changements climatiques » ou « la sécurité alimentaire ». Les organisations de la société civile ont, de leur côté, organisé un forum au cours duquel le vice-président américain Joe Biden, et le secrétaire d’État John Kerry se sont exprimés. Et les deux intervenants ont été directs.

Gouvernance, investissements, et concurrence sino-américaine

Le vice-président Joe Biden a comparé la corruption à un cancer qui éloigne les investisseurs, empêche le développement, et donc l’émergence d‘une classe moyenne africaine. Les Etats-Unis lient toujours bonne gouvernance, investissement et développement économique. C’est d’ailleurs ce qui gêne certains des interlocuteurs africains, qui comparent parfois avec la Chine qui, elle, « ne donne pas de leçon ».

Officiellement, le sommet Etats-Unis / Afrique ne copie d’ailleurs pas les grandes réunions qu’organisent la Chine, l’Europe, la France ou encore le Japon avec le continent. Officiellement, le sommet ne vise pas à rattraper les Chinois en Afrique, mais pour les grands patrons américains c’est bien de cela qu’il s’agit. Selon eux, les Etats-Unis n’ont pas pris le train en marche et ils l’ont dit ouvertement au cours de la première journée du somme, lundi. Ils se réjouissent de l’initiative de Barack Obama et de l’implication de son administration pour leur donner un coup de pouce en Afrique.

Les délégations africaines et les patrons africains estiment de leur côté que les Américains ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes, car ils ont une vision dépassée du continent et une perception des risques qui ne correspond en rien à la réalité. Le milliardaire nigérian, Aliko Dangote, le président du Ghana et la ministre des Finances du Nigeria l’ont dit sans détour. Ils ont aussi encouragé les Américains à se rendre physiquement en Afrique pour être plus visibles. Mo Ibrahim a dit que les Américains faisaient les choses à l’envers avec ce sommet. Au lieu d’inviter les Africains aux Etats-Unis pour leur dire qu’ils veulent investir sur leur continent il aurait été plus judicieux d’aller les voir chez eux, a déclaré le milliardaire natif du Soudan.

John Kerry pour sa part a une nouvelle fois demandé aux chefs d’Etat africains de ne pas modifier la Constitution de leur pays afin de rester au pouvoir. Le secrétaire d’Etat est resté dans le flou et aucun chef d’Etat n’a été cité. John Kerry a ensuite eu une série d’entretiens bilatéraux, ce que ne fera pas Barack Obama. Et c’est sans doute au cours de ces rendez-vous que le secrétaire d’Etat a développé ses arguments. Joseph Kabila président de la RDC, Pierre Nkurunziza, président du Burundi et Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, ont notamment été reçus au département d’Etat.

Renouvellement en vue pour l’accord de libre-échange

Ce mardi, les chefs d’Etat vont se réunir pour travailler sur les investissements, la croissance, et l’éventuel renouvellement de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act). L’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le continent arrive à échéance dans un an. Les Africains demandent un renouvellement pour 15 ans, ce que la Maison Blanche soutient. Mais aux Etats-Unis, le Congrès doit voter. L’ambiance n’étant pas au beau fixe entre Barack Obama et la Chambre des représentants, à majorité républicaine, le président des Etats-Unis ne peut rien promettre.

Les entreprises américaines sont présentes pendant tout ce sommet, et elles, en revanche, peuvent travailler avec les pays africains. Mais les investisseurs se méfient certes des zones instables. Et le continent, malgré un taux de croissance prévu par le FMI à plus de 5 % en 2015, souffre d’une image déplorable. Reste donc aux chefs d’Etat à montrer que les situations sont très différentes d’un pays à l’autre, à établir un climat de confiance. Tout ou presque est à faire, l’Afrique aujourd’hui, ne représente que 1 % des investissements américains.

Ebola s'impose au sommet

L’épidémie de fièvre Ebola dans la région de la rivière Mano s’est également imposée lors du sommet. Alors que le bilan s’est alourdi, le président de Guinée, Alpha Condé, a participé lundi à une réunion sur ce sujet avec la secrétaire américaine à la Santé, Sylvia Mathews Burwell. Le président de Sierra Leone, Ernest Bai Koroma, et la présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, ne se sont pas déplacés.

L’épidémie est prise très au sérieux aux Etats-Unis, et Washington dit souhaiter apporter son aide pour en venir à bout. La Banque mondiale, de son côté, a annoncé le déblocage d’une enveloppe de 200 millions de dollars.

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