RCA: démission du Premier ministre et suite des violences dans le Nord

L'ancien Premier ministre centrafricain, André Nzapayeke, ici en janvier 2014 à Bangui.
© AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

En République centrafricaine, le Premier ministre a officiellement remis ce mercredi matin sa démission. André Nzapayéké avait annoncé cette décision mardi en fin d’après-midi après six mois passés à la tête du gouvernement de transition. Un changement au sommet de l’Etat qui intervient alors que de violents affrontements font rage depuis plusieurs jours à Batangafo, au nord du pays.

Le désormais ex-Premier ministre de Centrafrique a officiellement donné sa démission ce mercredi matin. Il s'en est aussitôt expliqué devant la presse. Selon nos envoyés spéciaux, qui ont assisté à la conférence de presse, André Nzapayéké s'est félicité de son bilan, mais il a déploré ne pas avoir pu mener à bien son projet, qui était conçu sur 18 mois et qui a dû être interrompu au bout de six.

A différentes reprises, André Nzapayéké a souligné qu'il n'y avait pas de problème avec la présidente Catherine Samba Panza, pas de désaccord. Le responsable a même parlé de « l’harmonie » qui a régné au sein du gouvernement.

Dans ce cas pourquoi a-t-il démissionné ? Mardi, l'ex-premier ministre avait confié à RFI qu'il avait discuté avec la présidente Catherine Samba-Panza. Tous les deux étaient arrivés à la conclusion que « sa présence à la primature posait un certain nombre de problèmes et gênait l'action gouvernementale ».

Ce matin, André Nzapayéké a évoqué les pressions internationales qui ont été exercées pour obtenir sa démission et dont son entourage parlait depuis plusieurs jours. Devant la presse, André Nzapayéké a rappelé qu’une partie de la souveraineté est « partagée avec la communauté internationale ». « Cette démission, c'est une concession pour la paix, a-t-il également indiqué, pour mettre en oeuvre l’accord de Brazzaville ».

Situation tendue à Batangafo

Une paix qui est loin d'être une réalité sur le terrain avec notamment les derniers évènements de Batangafo où la situation reste tendue. Cette ville du nord de la Centrafrique est le théâtre de combats violents ces derniers jours. Mardi soir, des affrontements ont opposé les forces françaises et celle de la Misca d'une part aux Seleka d'autre part. Il est très difficile ce mercredi de savoir exactement ce qu’il se passe à Batangafo. Les communications par téléphones cellulaires sont coupées depuis le début de la journée. On sait tout de même que mardi après-midi, les soldats français de Sangaris ont fixé un ultimatum aux Seleka pour qu'ils déposent les armes et se laissent cantonner. Ces derniers ont rejeté l'ultimatum et de violents combats s'en sont suivi : Sangaris et Misca d'un côté, Seleka de l'autre.

Un chef Seleka sur place que nous avons pu contacter ce matin nous parlait de 17 morts dans ces rangs. Des combats encore une fois très meurtriers pour l'ex-rébellion. Selon nos informations, il y aurait un blessé côté français et un autre dans les rangs de la Misca.

Des Seleka qui affirment d'ailleurs avoir été attaqués par des anti-balaka. Ce que tous les chefs anti-balaka de la région, contactés par RFI, démentent catégoriquement. Depuis lundi, ce sont donc les forces françaises et la Seleka qui se combattent. D'abord aux abords de Batangafo puis en ville. Mais la Seleka qui dénonce l'accord de cessez-le-feu signé à Brazzaville, a tout intérêt à accuser les anti-balaka de le violer régulièrement. D’ailleurs, à Batangafo, la situation a dégénéré mercredi dernier quand des anti-balakas venus de Bouca ont attaqué les positions Seleka dans cette ville. Deux jours de combats qui ont fait plus d'une vingtaine de morts la semaine passée.

Dans ce contexte, et depuis une semaine, tous les habitants passent la nuit réfugiés près de la base de la Misca, ou dans des sites tenus par les deux ONG présentes sur place généralement sous la pluie et dans des conditions précaires.