Ebola: l’OMS décrète une «urgence de santé publique mondiale»

Dans un centre de santé de MSF à Kailahun, en Sierra Leone, le 20 juillet dernier.
© REUTERS/Tommy Trenchard

L’Organisation mondiale de la santé en appelle à une « réponse internationale coordonnée » face à la propagation du virus Ebola, qui a fait 932 morts sur les 1 711 cas recensés, selon un bilan dressé le 6 août. L’épidémie ne cesse de s’étendre. Le Liberia, la Sierra Leone et le Nigeria sont sous état d’urgence. Un cas suspect est en cours d’analyse au Bénin.

L'Organisation mondiale de la santé a annoncé vendredi que l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola doit être considérée comme « une urgence de santé publique de portée mondiale ». « Une réponse internationale coordonnée est essentielle pour arrêter et faire reculer la propagation internationale d'Ebola », insiste l’OMS, qui souligne le fait que l’épidémie qui sévit actuellement en Afrique de l’Ouest est la plus grave depuis quatre décennies. La directrice de l’OMS appelle la communauté internationale à agir au plus vite. Margaret Chan juge que les pays touchés « ne peuvent faire face par eux-mêmes ».
L’OMS s’est basée sur les conclusions du comité d'urgence de l'OMS, qui s'est réuni mercredi et jeudi à Genève, et a été unanime sur la gravité de l’urgence de santé publique mondiale que constitue le virus Ebola.

Des mesures dites « temporaires » doivent de plus être mises en place afin de ralentir, voire stopper, la propagation de la maladie, rapporte le correspondant de RFI à Genève, Laurent Mossu. Il revient aux Etats d’annoncer tous les cas d’Ebola, de surveiller les points de passages d’un pays à l’autre dans les contrées touchées et de mener des campagnes d’information afin d’orienter les populations sur la conduite à suivre et les précautions à prendre. La virulence du virus n’exige toutefois pas une interdiction générale des voyages et du commerce, selon l’OMS.

La propagation s'accélère

L'épidémie de fièvre hémorragique a déjà fait 933 morts sur les 1 711 cas suspects, probables ou confirmés répertoriés, selon un bilan dressé le 7 août par l’OMS. La propagation s’accélère et le taux de mortalité ne cesse de croître : 45 malades sont décédés sur la seule période du 2 au 4 août.

• En Sierra Leone, l’OMS compte 286 patients décédés des suites de la maladie.

• Au Liberia, l’épidémie a fait 282 morts, sur les 516 cas recensés.

• En Guinée, où l’épidémie est apparue, 363 personnes ont été tuées par le virus, dont 27 ont été répertoriés entre le 5 et le 7 août.

• Au Nigeria, où neuf cas ont été confirmés, deux patients sont morts.

• Au Bénin, deux cas suspects ont été identifiés. Les analyses sont en cours et les patients ont été placés en isolation. L’un des patients est hospitalisé à Cotonou. L’autre, un Nigérian, est actuellement à l’hôpital de Porto-Novo.

Vendredi 1er août, à l'issue d'un sommet régional de crise à Conakry, la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone, ont décidé la mise en place d'un cordon sanitaire autour de l'épicentre de l'épidémie, situé à leur frontière commune. La propagation du virus inquiète les pays de la sous-région. La Côte d'Ivoire, notamment, a mis en place une série de mesures préventives et prévoit l'organisation d'un exercice grandeur nature pour se préparer en cas d'apparition d'Ebola sur son territoire. 

Au Liberia, MSF ne parvient plus à faire face

Dans un centre de santé de la région de Lofa, au Liberia. © Reuters/路透社

Les deux pays les plus touchés, le Liberia et la Sierra Leone, ont décrété l’état d’urgence. L’armée a été déployée pour installer des barrages visant à limiter les déplacements des populations. Certaines des zones les plus touchées ont été placées sous quarantaine.
Le Nigeria a lui aussi décrété l'état d'urgence, ce vendredi 8 août. 

Médecins Sans Frontières, dont les personnels mènent la lutte contre la maladie au plus près des populations, dit avoir de plus en plus de mal à répondre aux besoins. « Il y a de plus en plus de cas sans que la réponse s’améliore », indique à RFI Lindis Hurum, coordinatrice MSF au Liberia. « Il y a de plus en plus de cas dans le nord, dans le Lofa, mais aussi à Monrovia, où je me trouve. On ne sait pas exactement de combien de cas il s’agit. Ce que l’on sait ici, à Monrovia, c’est qu’il y a une augmentation d’un jour à l’autre. Il y a aussi des morts à l’extérieur des centres de traitement. Ce qui ne peut qu’amplifier l’épidémie », rapporte-t-elle. « Malheureusement, aujourd’hui, à MSF, nous ne sommes pas en capacité de faire autant que ce que l’on voudrait. Nous n’avons pas les ressources humaines, tout simplement, pour aller partout où il le faudrait », déplore Lindis Hurum. La coordinatrice de MSF plaide pour que « les autres acteurs, surtout l’OMS, renforcent leurs équipes et viennent sur le terrain ».

Trois patients rapatriés en Europe et aux Etats-Unis

Un prêtre espagnol, qui avait contracté la maladie au Liberia, a été rapatrié en Espagne. Deux patients ont également été rapatriés aux Etats-Unis, où ils ont bénéficié d’un traitement au sérum Zmapp, un médicament qui n’a pas encore subi les procédures de tests cliniques complets et n’avait jusqu’alors été uniquement testé sur des singes.